La Suisse se prépare à un « risque concret de pénurie de gaz à l’échelle européenne »

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Le « risque concret de pénurie de gaz à l’échelle européenne » n’est plus un secret en Suisse. Le Conseil fédéral, organe exécutif de la Confédération suisse, se prépare à affronter un hiver difficile et prend déjà des mesures pour l’éviter.

Sommaire

Un risque concret de pénurie de gaz à l’échelle européenne

Face à la presse et des spécialistes de l’énergie, le Conseil Fédéral suisse s’est exprimé sur ses craintes quant à l’approvisionnement en gaz du pays. Malgré la réduction des livraisons de gaz russe, le remplissage des réservoirs européens se poursuit mais semble plus long que souhaité.

« Il existe aujourd’hui un risque concret de pénurie de gaz à l’échelle européenne. [..] Il est probable que les réserves de gaz ne suffiront pas à couvrir les besoins normaux durant l’hiver à venir », a indiqué Guy Parmelin, conseiller fédéral, chef du Département fédéral de l’économie.

Le ministre de l’économie suisse a tout de même voulu rassurer les médias présents, et pour le moins abasourdis, en précisant que le pays n’était « pas en situation de pénurie ». Il a également précisé que les pays européens tentent de réduire leur consommation de gaz (certains relancent même leurs centrales à charbon) afin de remplir les réservoirs pour l’hiver.

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Après les pénuries de gaz, l’électricité menacée ?

La Suisse ne possède pas de réservoir de gaz ce qui rend la situation encore plus compliquée pour le Conseil Fédéral. Le pays est dépendant des livraisons de l’étranger et notamment de l’Allemagne qui se prépare aussi aux pénuries de gaz.

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« Pénurie de gaz à l’échelle européenne » : le Conseil Fédéral suisse communique

L’invasion ukrainienne et les sanctions contre la Russie ont fait « éclater au grand jour la fragilité dans le domaine de l’énergie » de la Suisse (et même de l’Europe entière). Si au niveau du gaz, la Suisse est mal lotie, il en est de même au niveau électrique où elle dépend en partie des centrales nucléaires françaises.

« En France, les centrales nucléaires produisent moins qu’en temps normal, nous pourrions aussi manquer d’électricité à un moment donné », indique le ministre de l’économie suisse.

Face à tous ces risques, la Suisse travaille depuis fin 2021 à limiter la crise énergétique pour éviter des coupures de gaz et d’électricité dans le pays. Un plan est déjà sur la table du Conseil Fédéral.

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Plusieurs scénarios en cas de pénurie de gaz en Suisse

Première étape du plan pour éviter la pénurie de gaz en Suisse

Guy Parmelin a dévoilé un plan pour éviter la pénurie de gaz en hiver. Les étapes du plan vont crescendo et dans le pire des cas toucheront tout le monde sans distinction, de la population à l’administration en passant par l’industrie.

La première étape est celle que la France connaît déjà avec un appel à la sobriété énergétique. Le gouvernement mettra en place des campagnes de sensibilisation sur la nécessité de réduire la consommation d’énergie. En parallèle, les entreprises devront rapidement passer du gaz au mazout ce qui réduirait de 20% la consommation de l’industrie.

« Il faut dès aujourd’hui, indépendamment du prix du marché, constituer les réserves de fuel nécessaire pour que les entreprises soient prêtes le moment venu pour mettre en œuvre cette mesure. [..] Il est important de faire les réserves nécessaires », insiste le ministre.

Les suisses seront invités dès l’automne à baisser le chauffage d’au moins un degré pour faire des économies de gaz de 5 à 7%. La Suisse ne produit pas d’électricité à partir du gaz ce qui lui permet de se concentrer uniquement sur le chauffage.

Deuxième étape du plan pour éviter la pénurie de gaz en Suisse

La deuxième étape du plan concerne des restrictions très concrètes d’énergie pour les bâtiments non-occupés, les piscines ou encore les gymnases. Il s’agira de restreindre voire de couper l’alimentation de ces bâtiments.

Troisième étape : rationnement de l’énergie pour les industries

Si les mesures précédentes ne suffisent pas, le Conseil Fédéral organisera un système de rationnement qui touchera tout le pays sauf les ménages privés et les services essentiels.

« Il n’y aura pas d’exception. Il ne s’agit pas là d’un choix, cette situation n’est pas comparable à celle qui prévalut durant la pandémie. Le gaz reçu par quelqu’un manquera chez quelqu’un d’autre », précise Guy Parmelin.

Le pire scénario : le robinet de gaz vide

Le scénario le plus négatif pour la population suisse serait une rupture totale de l’approvisionnement. Un cumul des risques qui aurait des conséquences dramatiques puisque les suisses ne pourraient plus se chauffer et l’économie s’effondrerait à cause des usines à l’arrêt. Un effet domino qui toucherait l’économie et le privé n’est pas envisagé pour l’instant.

Le Conseil Fédéral indique prendre toutes les mesures pour éviter une rupture totale de l’approvisionnement en gaz. Les scénarios les plus difficiles ont été pensés pour pouvoir être évités, a rappelé le ministre de l’économie.

Un exercice pandémie et pénurie d’énergie testé dès 2013

Guy Parmelin a rappelé qu’en 2013 et 2014 avaient été organisés des tests grandeur nature qui simulaient une pénurie d’énergie couplée à la pandémie. Un scénario que personne ne pouvait imaginer se réaliser en 2022.

« Tout le monde avait un petit sourire aux lèvres à l’époque », rappelle le ministre. « Aujourd’hui on a eu la pandémie et une potentielle pénurie. La situation pourrait très vite nous échapper. On a des avantages mais rien n’est garanti en termes d’électricité en fonction du climat ».

« Je ne dramatise pas mais nous devons aujourd’hui préparer les différentes mesures que nous devrons mettre en œuvre le moment venu ».

Le ministre a souhaité rappelé que chaque pan de la société (privé, administration et entreprises) avait un rôle à jouer et que tout le monde devait être prêt à « remplir sa mission ».

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Et si la Suisse ne recevait plus de gaz de ses partenaires européens ?

Officiellement, l’Europe fait front commun contre la Russie et la crise énergétique. La Suisse stocke du gaz dans les pays voisins, mais face à une pénurie, les gouvernements des pays partenaires pourraient ordonner la saisie des réserves.

« Il n’y a jamais de garantie. Comme on l’a vu pendant la pandémie, on a commandé des masques, on les a payés, et on ne les a pas tout de suite reçus», a reconnu Simonetta Sommaruga, ministre de l’énergie et de l’environnement.

Le Conseil Fédéral assure qu’à la différence de la pandémie, les pays ne sont pas pris par surprise et peuvent se préparer à toute éventualité.

«La Suisse, la France, l’Allemagne, l’Autriche, les pays du Bénélux, par exemple, travaillent déjà ensemble», a rajouté la ministre. 

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La Suisse pourrait miser sur une sécurité énergétique nationale

Face à la fragilité du système d’interdépendance énergétique actuel, la Suisse pourrait bien réfléchir à changer sa stratégie. Les discussions sont déjà lancées pour la création d’infrastructures pour stocker du gaz. Actuellement, le pays ne pourrait tenir que 4 mois si une pénurie avait lieu.

Les explorations de gaz dans le pays, abandonnées par Gaznat dans les années 2010 faute d’autorisation d’exploitation des hydrocarbures, pourraient également reprendre. Les réserves de gaz naturel sous terre avaient été évaluées à 25 années de la consommation suisse.

Face à la crise actuelle, la première préoccupation du Conseil Fédéral est de sécuriser l’approvisionnement en énergie pour la population. Dans un second temps, le pays souhaite réduire sa dépendance en gaz et pétrole. La loi CO2 prévoit notamment de soutenir les citoyens qui souhaitent améliorer l’isolement de leur habitation et investir dans une pompe à chaleur.

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