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Le pétrole s’effondre, le CAC40 plonge, les banques avec : la Russie et l’Arabie Saoudite poussent le monde au bord du chaos


Le monde s’est réveillé ce lundi matin avec un baril à 30$ et des places boursières en chute libre. La chute de 20% du baril de pétrole, une première depuis la guerre du Golfe, a provoqué la stupeur des marchés déjà en difficulté à cause de l’épidémie mondiale de coronavirus. Cette situation s’explique par un billard à trois bandes entre l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis et la Russie.

L’OPEP et la Russie : pas le même combat

L’épidémie du coronavirus en Chine a provoqué un véritable cataclysme économique. La consommation de pétrole de Pékin, représentant 14% à l’échelle mondiale, a diminué drastiquement suite à la mise en place de restrictions de circulation pour contenir la propagation du virus. Des centaines de millions de travailleurs chinois se sont retrouvés cloués chez eux, dans l’impossibilité de reprendre le travail. Idem pour le tourisme et les voyages d’affaires qui ont été annulés vers et à partir de la Chine.

« Dans le scénario de base de l’AIE, la demande baisse cette année pour la première fois depuis 2009 en raison de la contraction profonde de la consommation pétrolière en Chine et des perturbations importantes des voyages et du commerce dans le monde », indique l’agence basée à Paris dans son rapport mensuel.

Début mars, les deux cours de référence, le Brent pour l’Europe et le WTI pour les Etats-Unis, avaient déjà perdu autour de 30% depuis un pic début janvier. Le prix du baril était au plus bas depuis plus d’un an, respectivement sous 50 et 45 dollars le baril.

Cette chute de la consommation de pétrole chez le premier client de l’Arabie Saoudite, qui représente à lui seul plus de 80 % de la croissance de la demande de pétrole l’an dernier, a poussé le royaume à réagir afin d’éviter la banqueroute.

Face à cette situation, l’Arabie saoudite a décidé de réagir en proposant à son partenaire de l’OPEP +, la Russie notamment, de baisser la production de pétrole pour maîtriser le prix du baril. Pendant des semaines, Ryad et Moscou ont joué au chat et à la souris pour tenter d’obtenir un accord sans succès. Ces derniers jours, Alexander Valentinovich Novak, ministre de l’Énergie de la Russie, a été clair avec son homologue saoudien le prince Abdulaziz bin Salman, en annonçant qu’il n’y aurait pas d’accord sur la baisse de la production.

La Russie veut punir les Etats-Unis

La décision russe est avant tout géostratégique. Moscou sait que le gaz de schiste américain est en difficulté. Les sociétés US sont dans leur grande majorité surendettées dans ce secteur et beaucoup annoncent déjà un pic de production dépassé depuis 2019. Pour que l’industrie du schiste puisse continuer à survivre, il faudrait un baril au dessus de 60$ soit le double du prix actuel.

La deuxième raison qui pousse Vladimir Poutine à aller au clash avec l’Arabie saoudite est de maintenir la dépendance énergétique de l’Europe envers la Russie. Le Kremlin a été particulièrement contrarié du recours, par les États-Unis, à des sanctions pour empêcher l’achèvement d’un gazoduc reliant les gisements de gaz de la Sibérie à l’Allemagne, connu sous le nom de Nord Stream 2.  .

“Le Kremlin a décidé de sacrifier l’OPEP + pour arrêter les producteurs de schiste américains et punir les États-Unis pour avoir joué avec Nord Stream 2 », a déclaré Alexander Dynkin, président de l’Institut d’économie mondiale et des relations internationales à Moscou, un groupe de réflexion d’État.

Le chaos ou les pourparlers

L’OPEP fragilisée par les décisions russes a décidé de réagir avec à sa tête l’Arabie saoudite. Le prince héritier saoudien, Muhammad Ben Salman, qui n’a pas du tout apprécié la façon dont Vladimir Poutine a géré les pourparlers, souhaite punir la Russie.

Le plus grand exportateur de pétrole au monde s’est engagé, samedi, dans une guerre des prix totale en réduisant le prix de son brut, le plus bas depuis plus de 30 ans. Le géant énergétique d’État Saudi Aramco offre des rabais sans précédent en Asie, en Europe et aux États-Unis pour inciter les raffineurs à utiliser le brut saoudien.

Dans le même temps, l’Arabie saoudite a déclaré en privé à certains acteurs du marché qu’elle pourrait augmenter sa production beaucoup plus fortement si nécessaire, allant même jusqu’à un record de 12 millions de barils par jour.

“Les prix vont baisser jusqu’à ce que Moscou ou Riyad annulent le concours d’endurance” ou que la production nord-américaine soit massivement réduite, a déclaré Bob McNally, président de Rapidan Energy Advisors et ancien membre du personnel du Conseil de sécurité nationale américain.

Si l’Arabie saoudite a besoin d’un pétrole à 80$ pour assurer son budget annuel, ce n’est pas le cas de la Russie. Vladimir Poutine a estimé récemment que “le niveau actuel des prix du pétrole est acceptable” car toujours au-dessus des “42,4 dollars le baril de Brent utilisés comme niveau de base” (ndlr: pour calculer le budget), bien que certains experts estiment davantage ce prix moyen à 70$.

Pour l’Arabie saoudite, où le gouvernement dépend presque entièrement du pétrole pour financer ses dépenses, l’impact économique sera immédiat. Le prince Abdulaziz et son demi-frère le prince héritier Mohammed auront tout intérêt à augmenter la production pour maximiser les revenus à mesure que les prix baissent.

Ce bras de fer engagé entre Ryad et Moscou aura de nombreux dégâts collatéraux notamment pour les pays exportateurs de pétrole qui ne possèdent pas les ressources nécessaires pour tenir une chute aussi importante du prix du baril. Le Venezuela, l’Algérie, le Nigeria ou encore l’Iran vont être les premiers à souffrir de la guerre des prix. Ces pays, souvent déjà dans des situations politiques ou économiques compliquées, vont connaître d’importantes déstabilisations.

La bourse chute dans le précipice

Les autres victimes de cette guerre des prix sont les places boursières. A l’ouverture des bourses asiatiques, le prix du baril du pétrole a chuté de 20%, une première depuis la guerre du Golfe. La demande ravagée par l’épidémie de coronavirus et l’ouverture des robinets jettent le marché du pétrole dans le chaos.

Depuis ce matin, toutes les bourses du monde sont dans le rouge avec une chute moyenne de 6 à 8%. Le CAC 40 est actuellement à -8% notamment à cause de Technip (-20%), Total (-14%) mais aussi la Société Générale (-16%) et le Crédit Agricole (-11%). En Arabie Saoudite, la Bourse de Ryad chute de 9,2% à l’ouverture, l’action Saudi Aramco de 10% passant en dessous de son coût de lancement en 2019.

‘Des mouvements d’une telle violence peuvent avoir des effets retour majeurs sur l’économie’, prévient un analyste.

Au milieu d’une crise sanitaire sans précédent, cette nouvelle crise énergétique pourrait entraîner une importante crise financière. A peine un an après la crise du RIPO aux Etats-Unis, la FED et la Banque Centrale Européenne n’ont très peu de leviers face à la multiplication des crises.

L’épidémie du coronavirus a déjà provoqué d’importantes pertes qui pourraient s’aggraver si les Etats-Unis sont frappés violemment par le virus.

“On a fait moins 20% sur l’indice CAC 40 en deux semaines et demi. C’est d’une violence absolue”, constate Alexandre Baradez, analyste à IG France, interrogé par l’AFP.

Les grandes entreprises pétrolières et surtout celles concernant le schiste seront à observer de près. Il est possible que nous assistions à l’exposition de la bulle américaine du schiste qui aura un impact mondial sur la croissance et peut-être une récession globale encore jamais vue.

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Écrit par La Rédaction Issues

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