L’effondrement économique au Liban fait redécouvrir des métiers disparus

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L’effondrement économique au Liban pousse la population à redécouvrir des vieux métiers délaissés voire oubliés à cause de la mondialisation. Les cordonniers, tapissiers, fermiers font leur retour et remplacent les boutiques de prêt-à-porter ou d’électroménager.

Sommaire

L’effondrement économique au Liban continue

L’effondrement économique au Liban a renvoyé le pays plusieurs décennies en arrière. L’inflation a explosé pour atteindre 2146% et le taux de change élevé du dollar par rapport à la livre libanaise a forcé les libanais à revoir leur manière de vivre.

Le pays qu’on appelait au Moyen-Orient « la petite Suisse » a désormais un taux de pauvreté multidimensionnel proche de 82 % (soit 4 millions de personnes selon l’Escwa). Selon le chef de la commission parlementaire de la santé, Assem Araji, 70% des libanais ne sont pas en mesure de garantir le coût de leur traitement médical.

Fermeture de 12 000 magasins de vêtements et chaussures

Selon le chercheur Mohammed Sham al-Din, cité par Al-Monitor, plus de 12 000 magasins de vêtements et de chaussures ont fermé leurs portes au Liban.

« L’augmentation du taux de change du dollar a entraîné la fermeture de nombreux magasins de vêtements et de chaussures à travers le Liban ».

Et la situation ne devrait guère s’améliorer en 2022 avec des incertitudes économiques liées à la crise sanitaire, l’augmentation du prix des matières premières et des tensions entre grandes puissances.

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Effondrement économique au Liban : les vieux métiers de retour

Retour des vieux métiers en plein effondrement : le couturier

Devant l’effondrement économique au Liban et la pauvreté extrême qui en résulte, les entrepreneurs libanais ont dû se résoudre à ne plus importer. La monnaie locale est passée d’un dollar pour 1 500 livres libanaises avant la crise à l’équivalent en dollar pour 33 000 livres en janvier 2022.

Face à cette situation, les magasins dont les vêtements et chaussures étaient importés de Chine ont été remplacés par de petits artisans. Des établissements de cordonniers et couturiers ont poussé partout dans le pays afin de permettre à la population de raccommoder leurs vieux habits.

Le simple fait de changer une fermeture éclair coûte pas moins de 30 000 livres libanaises. Même si le prix est élevé, il reste moins cher qu’un nouvel habit autour de 200 000 livres. Une fortune dans un pays dévasté par la crise et la corruption.

« Les citoyens avaient l’habitude de jeter les pantalons ou les vestes et d’en acheter de nouveaux importés de Chine à des prix ne dépassant pas 10 dollars pour le pantalon et 15 dollars pour la veste. Ils ne peuvent plus se le permettre aujourd’hui », explique Fatima al-Tikriti, une couturière qui loue une petite boutique sur le marché des tailleurs de la ville la plus pauvre du Liban, Tripoli.

Retour des vieux métiers en plein effondrement : le cordonnier

Les cordonniers sont également beaucoup sollicités depuis l’effondrement économique au Liban. Acheter des chaussures est devenu hors de prix, les libanais se tournent vers les cordonniers pour les réparer.

Les chaussures importées de Chine étaient vendues 30 000 livres libanaises (20 dollars) avant 2019, elles peuvent désormais atteindre 750 000 livres (25 dollars). Un luxe que ne peuvent plus se permettre les libanais.

Elias Taameh, cordonnier à l’est de la capitale Beyrouth, indique que la demande a explosé avec la crise économique que traverse le pays.

« Réparer des chaussures déchirées pour hommes et femmes coûte au moins 40 000 livres (2 dollars), tandis que l’obtention d’un nouveau talon coûte jusqu’à 70 000 livres. Ce prix est bien moins cher que d’acheter une nouvelle botte d’hiver, qui coûte 700 000 livres (25 $) dans le magasin le moins cher de Beyrouth ».

Retour des vieux métiers en plein effondrement : le tapissier

L’achat de meubles neufs est devenu impossible pour une très grande majorité des libanais. Ils font appel à des tapissiers pour réparer des vieux meubles longtemps abandonnés.

Les couples récemment mariés doivent meubler leur maison, appartement ou chambre avec d’anciens meubles récupérés chez leurs parents. C’est ce qu’explique Issam Haidar, un tapissier, qui a vu sa clientèle augmenter :

« Le nombre de mes clients a considérablement augmenté. Je vais généralement chez eux au lieu de travailler dans mon propre magasin et de payer un loyer », a déclaré Haidar.

Retour des vieux métiers en plein effondrement : la friperie

Pour arrondir les fins de mois, de nombreux libanais ont décidé de vendre leurs propres affaires depuis leur domicile grâce aux réseaux sociaux. Les loyers étant trop chers, Internet permet de faire du commerce sans un magasin fixe.

Les libanaises comme Reema al-Khatib vendent les vêtements, chaussures et autres accessoires qui sont de bonne qualité.

« J’ai commencé il y a quelques mois à vendre mes propres affaires, que j’avais achetées en Turquie et aux Émirats arabes unis au bon vieux temps ».

Grâce à son petit commerce de seconde main, Reema rachète des vêtements qu’elle revend par la suite. Une petite friperie virtuelle.

Le recyclage des matières premières : le collecteur

Les entreprises

Face à l’effondrement économique, le moindre emballage peut rapporter un peu d’argent. La collecte de carton, plastique, ferraille et tout ce qui peut être recyclé et remanufacturé est devenue une profession.

L’augmentation du prix des matières premières et l’effondrement de la monnaie rendent difficile l’importation. Les producteurs locaux se tournent vers des collecteurs de produits recyclables pour faire des économies.

« J’achète des bidons et des bouteilles en plastique à des collectionneurs et je les remplis avec le liquide et les détergents dans une usine de Kamed Al Lawz après qu’ils ont traversé le processus de cuisson à la vapeur et de reconditionnement, ce qui me permet, ainsi qu’au fabricant, d’économiser de l’argent en achetant des gallons neufs », explique Ahmad Yassin, qui travaille comme représentant commercial pour les produits de nettoyage.

Les foyers

Les foyers conservent aussi les bouteilles en plastique et en verre afin de les revendre au marché noir. Selon la taille du récipient, le prix varie entre 8 000 et 10 000 000 de livres.

« Avant que la crise du dollar ne frappe le pays, la majorité des gens que je connais se moquaient de moi parce que je recyclais des choses comme des bouteilles en verre ou des récipients en plastique. Mais maintenant, ils sont devenus si chers sur le marché et leur prix ne cesse d’augmenter », explique Mona Al Hajj.

Pour les experts en environnement comme Ziad Abishakir, cette forme de collecte des matières recyclables a le principal avantage d’aider ceux qui ont désespérément besoin d’une aide financière plutôt que de résoudre le problème des déchets. 

Mais pour d’autres spécialistes de l’environnement, ce phénomène peut améliorer la durabilité du processus de production et promouvoir une économie circulaire.

Le retour à la terre des libanais : le fermier

Pour compenser la hausse des prix des denrées alimentaires, nombreux sont les libanais qui ont décidé un « retour à la terre ». La ruée vers la construction en ville d’avant crise s’est transformée en retour vers les campagnes pour cultiver fruits et légumes.

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Effondrement économique au Liban : retour à la terre des libanais

L’inflation et l’effondrement de la monnaie du pays ont rendu difficile l’achat de produits alimentaires comme la farine, les légumes ou les œufs. Face à cette situation, les libanais qui ont une habitation avec terrain la reconvertissent en ferme.

« Je viens d’installer une ferme pour un père de famille. Il a six enfants et craint de manquer de moyens pour acheter des aliments. C’est un investissement pour que sa famille ait de quoi se nourrir dans les prochaines années », explique Ziad Abi Chaker, ingénieur environnemental, cité par Reporterre.

Les fermiers peuvent également vendre une partie de leur récolte ou la troquer contre d’autres produits ou services. Une façon pour eux d’amortir l’effondrement qui pourrait continuer encore des années.

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