Tout comprendre sur la collapsologie et l’effondrement

Tout comprendre sur la collapsologie et la théorie de l'effondrement Pablo Servigne Jancovici

Depuis quelques années, les reportages sur un possible effondrement de notre civilisation sont de plus en plus nombreux. La collapsologie est sur tous les magazines et même Edouard Philippe, alors Premier Ministre, évoquait lors d’une intervention filmée avec Nicolas Hulot, ministre de l’écologie de l’époque, ses craintes après la lecture du livre de Jared Diamond : « Collapse » (effondrement) publié en 2005.

« Si on ne prend pas les bonnes mesures, c’est une société entière qui s’effondre, qui disparait, c’est une question assez obsédante, cette question me taraude, beaucoup plus que vous ne l’imaginez. Comment est-ce qu’on fait pour que notre société humaine n’arrive pas au point où elle serait condamnée à s’effondrer? C’est compliqué … », expliquait alors Edouard Philippe.

Une inquiétude rejointe par un grand nombre de français puisque dans une étude de la Fondation Jean Jaurès intitulée « La France : patrie de la collapsologie ?« , 65% des Français interrogés étaient d’accord avec l’assertion selon laquelle « la civilisation telle que nous la connaissons actuellement va s’effondrer dans les années à venir ».

Sommaire

Collapsologie et effondrement : c’est quoi ?

Définition de la collapsologie

La collapsologie est un courant de pensée pluridisciplinaire qui étudie les risques d’effondrement de notre « civilisation thermo-industrielle ». Le terme a été inventé par Pablo Servigne et Raphaël Stevens auteurs du livre « Comment tout peut s’effondrer ? ».

Les chercheurs et l’effondrement des civilisations

Les recherches sur l’effondrement des civilisations existent depuis de nombreux siècles. Les historiens travaillent continuellement sur les raisons qui ont provoqué la chute de Rome, Carthage, les Mayas et d’autres grands empires.

L’historien et géographe Jared Diamond a exploré dans son livre « Collapse: How Societies Choose to Fail or Survive« , comment la question environnementale jouait parfois un rôle important dans l’effondrement des civilisations.

L’auteur dénombre cinq facteurs majeurs impliquant un effondrement probable :

  • des voisins hostiles
  • des dommages environnementaux
  • un changement climatique
  • une dépendance envers des partenaires commerciaux
  • des réponses inadaptées des élites face aux défis posés

Avant Diamond, l’historien anglais Arnold Toynbee avait évoqué la question du déclin civilisationnelle par le désintéressement des élites face aux défis de leur temps. Il remettait en question la société des « privilèges héréditaires » qui empêchait aux « minorités créatives » d’agir. Pour l’auteur de « A Study of History », « les civilisations meurent de suicide, pas d’assassinat ».

Joseph Tainter, également historien et auteur du livre « L’Effondrement des sociétés complexes » (1988), voit dans la complexité des sociétés une dépense accrue dans les systèmes complexes, les sources d’approvisionnement énergétiques et par conséquent davantage de vulnérabilité.

Pour Yves Cochet, ex-Ministre de l’Ecologie, « l’effondrement est le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis (à un coût raisonnable) à une majorité de la population par des services encadrés par la loi . »

Les sources des collapsologues

Le collapso s’appuie sur les rapports scientifiques pour évaluer les menaces qui pèsent sur notre société hypercomplexe. Les risques majeurs d’un effondrement proviendraient du dérèglement climatique, d’une pandémie, de la raréfaction des matières premières ou encore d’une guerre nucléaire.

Parmi les sources des collapsos, on peut trouver les rapports du GIEC, le magazine scientifique Nature, l’Agence Internationale de l’Energie, les rapports de l’ONU, ainsi que les rapports d’experts de grandes universités américaines ou anglaises.

Même dans la prestigieuse université de Cambridge a été créé un centre de recherche interdisciplinaire dédié à l’étude des risques catastrophiques globaux dont l’effondrement de la civilisation industrielle.

La révolution industrielle ou la « grande accélération » … vers l’effondrement

La civilisation humaine a connu un processus technique unique ces deux cents dernières années grâce à l’avènement de la révolution industrielle. Après avoir maîtrisé le feu, le vent, l’eau et surtout l’agriculture, l’Homme s’est mis à extraire du sol du charbon, du pétrole et du gaz lui permettant de produire toujours plus d’énergie.

Grâce à ces ressources minières, le mode de vie des humains a totalement changé jusqu’à avoir un impact direct sur l’environnement qui l’entoure.

anthropocene collapsologie effondrement
Crédit dessin : ACCIONA

Cette nouvelle ère que les scientifiques appellent l’anthropocène se caractérise par la capacité de l’Homme  à transformer l’ensemble du système terrestre. En 150 ans, la population mondiale et la capacité industrielle ont augmenté rapidement jusqu’à devenir exponentielle. C’est ce qu’on appelle « la Grande Accélération« .

La révolution des transports, l’avènement du capitalisme industriel puis de la consommation a rapidement eu des effets dévastateurs sur l’écosystème Terre.

Critique collapso de nos sociétés hypercomplexes face à l’effondrement

La « méga machine », qui est décrite par Fabian Scheidler comme une forme d’organisation sociale semblant fonctionner comme une machine, a organisé une complexité globale des sociétés humaines à l’échelle mondiale tout en détruisant la biosphère.

« Notre civilisation est la première à avoir inventé plusieurs méthodes d’anéantissement de la vie sur Terre », explique Fabian Scheidler.

Selon Pablo Servigne, principale figure de la collapsologie, nos systèmes complexes et hyperconnectés (finance, climat..) sont résilients face à des chocs répétés mais ont « un seuil au-delà duquel ils basculent, où toutes les boucles de rétroaction s’emballent et alors le système s’effondre brutalement ».

Les propos du coauteur du bestseller « Comment tout peut s’effondrer ? » sont corroborés par de nombreux rapports et études scientifiques publiées ces cinquante dernières années. Parmi les plus connus figurent le « Rapport Meadows » et « Les 9 limites planétaires » qui alertent l’humanité sur des seuils de non retour qui pourraient provoquer un effondrement de notre civilisation.

Le rapport Meadows sur la corrélation entre croissance et effondrement

Dans les années 70, un groupe de chercheurs du MIT (Institut Technologique du Massachussetts) a rédigé un rapport intitulé Les Limites à la croissance. Plus connu sous le nom de Rapport Meadows pour le Club de Rome, les scientifiques avertissaient (déjà) les responsables politiques sur un possible effondrement des sociétés industrielles notamment à cause de leur course effrénée à plus de croissance.

Dennis Meadows est l'un des auteurs du rapport "The Limits to growth". Il est l'un des inspirateurs de la collapsologie et des théories sur l'effondrement.
Dennis Meadows : l’un des auteurs du rapport « Les limites à la croissance »

Les nombreux scénarios proposés par les auteurs du rapport basés sur différents critères comme la démographie, les matières premières, la pollution et d’autres mènent presque tous à un effondrement systémique si la quête d’une croissance exponentielle est maintenue.

Encore aujourd’hui les experts commentent les conclusions de ces scénarios qui se sont avérés justes ou proches de la réalité près de cinquante ans après leur publication. La crainte d’un effondrement par le biais d’un des critères évoqués dans le rapport a participé à la naissance des premiers partis politiques écologistes et ces dernières années de la collapsologie.

La question des limites est devenue l’axe principal de la critique des collapsologues. Selon eux, « une croissance infinie dans un monde fini (en terme de ressources) » est une aberration. Les collapsos aiment citer la tirade de Kenneth Boulding, ex-président de l’Association américaine d’économie, qui expliquait que « celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste ».

Les 9 limites planétaires pour éviter un effondrement de la biosphère

Une autre étude scientifique menée en 2009 par Johan Rockström, directeur du Stockholm Resilience Center de l’université de Stockholm, et 25 autres scientifiques a recensé neuf limites planétaires à ne pas dépasser pour ne pas compromettre les conditions favorables dans lesquelles s’est développée l’humanité.

Ces limites pour éviter un effondrement de la biosphère sont au nombre de neuf voire dix depuis la mise à jour du rapport en 2015. Elles comprennent la question climatique, l’érosion de la biodiversité, la perturbation des cycles biochimiques de l’azote et du phosphore, l’acidification des océans, la perturbation des cycles de l’eau douce, le changement d’affectation des sols, l’appauvrissement de la couche d’ozone stratosphérique, l’accroissement de la charge atmosphérique en aérosols et l’introduction d’entités nouvelles dans l’environnement.

Parmi ces limites, trois ont déjà été franchies : la concentration du CO2 dans l’atmosphère, l’extinction de masse de la biodiversité et la perturbation des cycles biochimiques de l’azote et du phosphore.

La multiplicité des risques d’effondrement

Le réchauffement climatique

L’urgence climatique est le risque d’effondrement majeur le plus médiatisé ces dernières années. L’Accord de Paris sur le climat signé en 2016 vise à limiter le réchauffement climatique de la planète à un niveau nettement inférieur à 2°C voire 1,5°C. Cependant, d’après les dernières estimations (2020) du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, le manque d’action des Etats pourrait condamner la Terre à se réchauffer à +3°C.

Un scénario à +3°C aurait des conséquences irréversibles sur le climat avec la fonte des glaciers et calottes glaciaires (libérant le carbone stocké dans le pergélisol), une montée des eaux importantes, la migration de centaines de millions de personnes et la multiplication des catastrophes climatiques (sécheresses, ouragans,…).

GIEC scenarios rechauffement climatique

Raréfaction des matières premières

Selon Pablo Servigne, une grande descente énergétique nous attend avec « un sevrage très dur (…) car tout le monde est drogué aux énergies fossiles ». C’est avec le champ lexical de la toxicomanie que le cofondateur de la collapsologie évoque la question de la consommation du pétrole, gaz et charbon par notre société industrielle.

Une raréfaction des matières premières causerait une augmentation importante du prix de l’essence à la pompe et du chauffage entrainant la baisse du pouvoir d’achat et de facto engendrerait de l’instabilité voire des révoltes dans de nombreux pays. La production comme l’acheminement des denrées alimentaires, aujourd’hui en flux tendu, seraient également menacés.

La crise financière ou le krach financier

La krash financier de 2008 a déclenché une prise de conscience des populations quant à la fragilité du système financier et son effet domino sur la stabilité des pays. L’effondrement de la banque Lehman Brothers suite à la crise des subprimes a eu des impacts dans le monde entier avec notamment des émeutes de la faim dans une trentaine de pays.

Malgré cette crise financière historique, les banques ont profité de la création monétaire des Banques Centrales pour relancer la spéculation. La bulle immobilière a rapidement regonflé et une dizaine d’années plus tard, les bulles spéculatives se sont multipliées dans de nombreux secteurs d’activité avec l’explosion des GAFAM, de Tesla, etc..

Multiplication des pandémies

L’épidémie de Covid-19 a montré l’incapacité du monde à réagir ensemble face à une catastrophe. Pendant des mois, une grande partie des habitants de la Terre ont dû rester confinés chez eux, les grandes nations se volaient les masques sur le tarmac des aéroports tandis que les gouvernements mentaient à leur population sur leur capacité à gérer la crise.

Pourtant, en regardant de plus près, le coronavirus n’est pas un virus extrêmement mortel comme peut l’être Ebola. Selon les experts, les pandémies pourraient se multiplier à l’avenir notamment à cause de l’étalement urbain (zoonose) et la fonte du permafrost. En effet, sous les glaces du cercle polaire existent des virus extrêmement dangereux datant de millions d’années que le réchauffement climatique et l’activité humaine pourraient libérer.

Montée du populisme

Les collapsologues plaident pour un monde où la croissance et le PIB ne seraient plus le dénominateur commun de l’économie des pays. Cependant, ils craignent qu’une décroissance énergétique et économique brutale provoque l’arrivée au pouvoir de pouvoirs populistes.

Donald Trump et Boris Johnson, symboles de la montée du populisme en Occident. La collapsologie craint des pouvoirs autoritaire juste avant l'effondrement.
Donald Trump et Boris Johnson, symboles de la montée du populisme en Occident

A l’image d’un Donald Trump, d’un Javier Bolsonaro ou d’un Boris Johnson, la crise démocratique que traversent les pays occidentaux renforce les extrêmes. L’ancien président des USA a d’ailleurs soutenu des comportements racistes contre la minorité noire. En Grande Bretagne, le Premier ministre n’a pas hésité à quitter l’Union Européenne malgré les conséquences d’un tel choix sans préparation en amont. Tandis qu’au Brésil, le président a décidé d’accélérer la déforestation malgré les risques que cela fait encourir à l’humanité.

Quelques signes et chiffres de l’effondrement

Effondrement de la biodiversité ou la Sixième extinction de masse

Selon les experts, la sixième extinction de masse a déjà commencé et les chiffres sont édifiants. Les récents rapports font état d’un effondrement de la biodiversité. Environ 1 million d’espèces animales et végétales sont aujourd’hui menacées d’extinction, selon le rapport d’avril 2019 du GIEC sur la biodiversité.

Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF),  les populations de vertébrés (mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens) ont diminué de 68 % depuis 1970.

« Ce déclin devrait déclencher tous les signaux d’alarme : il indique que la nature est à bout de souffle. C’est un gros problème pour les humains, car nous dépendons de la biodiversité pour notre alimentation et notre approvisionnement en eau, mais aussi pour notre économie, pour le traitement des déchets, bref, pour notre survie. », expliquait en 2020 Jessica Nibelle, porte-parole du WWF.

Autre exemple avec la population de thon rouge en Méditerranée qui a diminué de 90% entre 1993 et 2016. Un « effondrement de la biodiversité » selon les scientifiques de la Tour du Valat, institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes.

 « La plupart des espèces subissent de plein fouet les effets de l’activité humaine et du changement climatique, dont l’ampleur devrait s’accroître au cours des prochaines décennies », souligne Thomas Galewski, le coordinateur de l’étude.

L’ère des pénuries

Selon l’Energy Information Administration américaine, la production mondiale de pétrole a atteint son maximum en novembre 2018 avec 84,5 millions de barils/jour. Le pic de pétrole conventionnel avait déjà été atteint en 2008 mais l’utilisation massive du gaz de schiste aux Etats-Unis avait permis de retarder l’échéance.

Dans un rapport du Shift Project commandé par l’Armée française, le Think Thank indique qu’il ne reste plus que 9 ans avant que le pétrole ne devienne un bien de luxe. Après 2030, même les nouvelles découvertes de gisements pétroliers ne pourront empêcher une baisse des capacités mondiales de production avec son lot de conséquences économiques.

Les pénuries de matières premières provoquent également la hausse des prix à l’image de ce qui se produit actuellement avec la relance économique post-épidémique. Récemment, la hause des prix du gaz a mis le Royaume-Uni sous tension et a déjà provoqué la faillite de plusieurs petits fournisseurs d’énergie. Les centrales à charbon ont dû être réallumées pour générer de l’électricité et éviter des black-out. Plusieurs usines d’engrais ont également été fermées faisant craindre des pénuries dans le secteur de l’élevage et de l’industrie agroalimentaire.

Le pétrole est encore plus important. Il est omniprésent dans notre vie : carburant (voitures et Fret, sacs plastiques, jouets, bouteilles de shampoing, médicaments, vêtements, ustensiles de cuisine. En cette fin 2021, l’Europe connaît déjà d’importantes pénuries et pourrait voir ses rayons de jouets à moitié vide pour Noël.

Une planète étuve pour 2100 avec un scénario à +5°C ?

Les rapports du GIEC ne cessent de prévenir les gouvernements sur la nécessité d’agir au plus vite pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique. Si des traités internationaux sont signés notamment L’Accord de Paris sur le Climat, la réalité est tout autre. La très grande majorité des pays signataires n’ont pas respecté leur engagement.

Les scénarios les plus pessimistes deviennent les perspectives les plus réalistes. Selon les experts, si l’humanité maintient cette trajectoire, la température en 2100 pourrait augmenter jusqu’à 5,7°C. Autant dire que la planète deviendrait inhabitable pour l’humain.

Jean-Marc Jancovici explique dans une conférence à Polytech, Université libre de Bruxelles, que lors de la dernière ère glaciaire, la température maximale était « seulement » inférieure de 5°C. Suffisamment pour que quelques kilomètres de glace recouvrent l’Amérique du Nord et l’Europe du Nord. La France ressemblait au Nord sibérien actuel !

En respectant les accords de Paris, la Terre se réchauffera de +3,2°C. Un scénario déjà extrêmement violent pour les populations qui devront faire face à des vagues de chaleur mortelles, des inondations sans précédent, la fonte des glaciers et une sécurité alimentaire et hydrique menacée.

« Le Sud remonte : en 2050 la végétation typique de la Méditerranée aura gagné près d’un tiers de la France », résume Jean-François Soussana, directeur scientifique Environnement à l’Inra.

Si la collapsologie se concentre davantage sur des travaux prospectivistes, dans les faits, ces scénarios se révèlent être concrets et vérifiables.

Effondrement rapide : l’exemple du Liban

Malgré la pandémie de Covid-19, les confinements successifs et l’arrêt des usines, le système financier a continué à tourner sans un effondrement majeur. La bourse a atteint des niveaux record, les plus riches n’ont jamais été aussi riches et les Banques Centrales (FED, BCE) ont distribué de l’argent aux Etats et sur le marché financier aggravant les dettes publiques, incitant à la prise de risque sur les marchés financiers et augmentant les inégalités.

Les experts indiquent que les sociétés complexes ont « une résilience naturelle à toute série de stress et de chocs » permettant de s’autocorriger lorsque ces chocs internes et externes se produisent. La confiance des citoyens dans le système monétaire, dans le maintien de l’ordre, dans l’acheminement des produits essentiels permettent à ces dispositifs complexes d’éviter leur effondrement.

Tout comme l’évoque l’historien, Yuval Noah Harari dans Sapiens : une brève histoire de l’humanité, la monnaie est l’un des plus grands mythes qui structure notre société basée sur l’échange. Selon lui, une remise en cause de la monnaie entraînerait les populations dans un chaos total.

L’exemple le plus récent est celui du Liban, pays présenté comme la Suisse du Moyen Orient, qui s’est effondré en quelques mois. Les citoyens n’ont plus fait confiance à la monnaie locale suite à des scandales politiques liées à la corruption. De nombreux libanais se sont massés devant les banques et ont demandé à récupérer leur argent en dollars. Cette spéculation indirecte contre la monnaie nationale a entrainé la chute de sa valeur. Ces scènes sont dignes de la série dystopique « Years and Years » diffusée récemment sur Canal+.

Quelques mois après, le Liban s’est retrouvé dans l’incapacité de payer ses dettes, le prix des produits essentiels a explosé et Beyrouth subit actuellement un black out en plein hiver faute de combustibles.

La population, surtout urbaine, dépendante de la gestion des eaux usées, de l’acheminement alimentaire industriel, du chauffage, s’est retrouvée rapidement piégée. Les ruraux de leur côté ont réinvesti les champs pour se nourrir tandis que les générateurs et panneaux solaires fleurissent sur les toits. Un retour vers le futur ?..

L’autonomie solidaire comme seul refuge

De plus en plus d’occidentaux, conscients des risques que font peser les questions climatiques et énergétiques, réinvestissent les campagnes pour créer des éco-lieux. Ces hameaux rachetés pas très cher sont rénovés par les nouveaux habitants, parfois sortis de grandes écoles de commerce, pour en faire des villages autonomes.

L’autonomie hante les collapsologues qui ont perdu confiance dans la « méga machine ». Pour eux, seule compte leur capacité à créer des moyens alternatifs et plus résilients aux systèmes actuels basés sur la mondialisation.

Contrairement à une certaine vision du survivalisme, les collapsos ne souhaitent pas s’isoler du reste du monde mais proposer une vie alternative basée sur plus de sobriété et de solidarité.

Les villes en transition de Rob Hopkins

Rob Hopkins est le créateur du concept des « villes en transition« . Le but est de proposer une ville alternative plus respectueuse du climat et moins dépendante des énergies fossiles. Les caractéristiques principales de ces nouveaux lieux de vie sont :

  • relocaliser l’économie
  • développer l’autonomie alimentaire
  • encourager les transports et énergies propres
  • la solidarité entre les résidents

L’agriculture intensive et les pesticides laissent place à la permaculture biologique, les emplètes sur Amazon sont remplacées par des achats au niveau local, le tout avec des panneaux solaires et des puits d’eau. Certains vont même jusqu’à rétablir le troc et des monnaies alternatives locales pour booster les échanges sans passer par l’Euro.

Face à l'effondrement, la collapsologie prône le retour au local pour s'affranchir des circuits d'alimentation longs
Infographie Save 4 Planet sur le localisme

Ce modèle rencontre des limites puisque l’indépendance énergétique et financière n’est pas toujours au rendez-vous. Malgré les bonnes volontés des écovillageois, beaucoup doivent travailler via Internet ou dans les villes alentours pour pouvoir subvenir à leurs besoins.

si certains anticipent des actions de longue haleine, d’autres peuvent très mal vivre ce sentiment d’incapacité et d’inéluctabilité des événements.

Collapsologie, émotions et dépression

Les réactions face à l’effondrement

Pablo Servigne explique que lors d’une de ses premières conférences sur le thème de l’effondrement, les spectateurs ont été choqués par ses « révélations ». Beaucoup n’ont pas compris pourquoi personne ne les avait informés sur une telle situation, pourquoi les médias n’en parlaient pas matin, midi et soir. Un sentiment de colère, de désespoir et de désarroi les a frappés.

Selon Pablo Servigne et Raphaël Stevens, les personnes convaincues d’un effondrement imminent réagissent de différentes manières. Les auteurs les séparent en cinq catégories :

  • le çavapétiste
  • le aquoiboniste
  • le survivaliste
  • le transitionneur
  • le collapsologue

L’eco-anxiété face à l’effondrement

La solastalgie est un mal qui touche de plus en plus de citoyens. Le philosophe Glenn Albrecht, créateur de ce concept, a étudié des australiens ayant « le mal du pays » sans l’avoir quitté suite aux mutations de leur région. L’industrie minière a transformé le paysage provoquant tristesse et colère chez les habitants de la Hunter Valley.

La collapsologie peut provoquer d'importants stress notamment lorsqu'on réalise la possibilité d'un effondrement. La solastalgie est un mal qui touche de plus en plus de citoyens.
La collapsologie peut provoquer d’importants stress notamment lorsque l’on réalise la possibilité d’un effondrement

La dégradation de l’environnement, l’incapacité à agir face à la crise climatique et le manque d’action des gouvernements provoquent cette éco-anxiété, un mal qui toucherait de plus en plus de personnes selon un récent sondage. Cette étude réalisée sur plus de 10 000 jeunes à travers le monde a montré que 75% d’entre eux trouvaient l’avenir effrayant. Les chiffres révèlent également que 6 personnes interrogées sur 10 se disent inquiètes ou très inquiètes face à la crise climatique.

Cette éco-dépression n’empêche pas les jeunes d’être de plus en plus nombreux à s’investir dans le militantisme. A l’image de Greta Thunberg, la jeune militante écologiste suédoise, les adolescents sont en colère contre des pouvoirs publics qui promettent sans agir, qui favorisent le court terme et qui cèdent aux lobbys industriels.

Critiques de la collapsologie

Collapsologie VS transhumanisme

La collapsologie ne se fait pas que des amis. Le principal détracteur de la théorie de l’effondrement en France est Laurent Alexandre, chantre du transhumanisme et du progrès technologique. Il s’est notamment fait remarquer ces dernières années en s’en prenant régulièrement à Greta Thunberg et aux collapsologues. Pour le cofondateur de Doctissimo, qu’il a vendu depuis, le discours collapsologue est « apocalyptique, sadomasochiste, pervers, castrateur ».  

Laurent Alexandre aime opposer de manière assez caricaturale les transhumanistes et les collapsologues. Les premiers seraient les fers de lance du progrès avec Jeff Bezos, Elon Musk et d’autres tandis que les seconds seraient plutôt des « ayatollahs verts » qui souhaitent que « chacun mange dans son potager sans échanger, sans prendre l’avion pour voyager ou faire des études ».

Anthropocène ou capitalocène ?

Des personnalités de gauche critiquent la notion d’anthropocène. Pour Stéphanie Treillet, économiste, chercheuse et membre de l’association ATTAC, la collapsologie est une « impasse réactionnaire ». Elle accuse les deux écrivains, Raphaël Stevens et Pablo Servigne, de ne pas avoir suffisamment montré l’impact du système capitaliste dans le dérèglement climatique.

Immobilisme

Des militants du climat ou des scientifiques accusent pour leur part la collapsologie d’être un vecteur d’immobilisme. Selon eux, en indiquant qu’un effondrement de la civilisation est fort probable voire inévitable, les citoyens peuvent tourner le dos à la lutte pour se réfugier dans le survivalisme ou le repli dans les campagnes.

Qu’on ressente une tension conduisant vers un effondrement ou non, le secteur du cinéma et de la littérature s’est emparé du sujet en cherchant à couvrir un panel de probabilités et de scénarios presque exhaustifs.

L’imaginaire de l’effondrement : récits, films et séries collapsologues

Le récit post-effondrement : pas la fin du monde mais la fin d’un monde

L’imaginaire de l’effondrement fait craindre le pire. Les survivalistes préparent leur kit de survie tandis que les collapsologues réinvestissent les campagnes et potagers. Les collapsos aiment à rappeler qu' »il ne s’agit pas de la fin du monde, mais de la fin d’un monde ».

« Avec l’effondrement, une guerre des récits a commencé », explique Arthur Keller, expert en la matière. Les collapsos vacillent entre craintes et espoirs d’un monde meilleur post-effondrement.

Entre la crainte des bandes armées en cas de disparition (momentanée) des forces de l’ordre et l’envie de reconstruire une société plus juste et solidaire, la peur et l’espoir s’entremêlent. Les imaginaires d’avenir sont souvent liées aux romans de science fiction et aux blockbusters américains. 

Yves Cochet est l’une des figures de la collapsologie qui s’avance le plus sur le monde post-effondrement. Depuis sa propriété en Bretagne, il se prépare à la fin d’Internet, du pétrole et de l’approvisionnement en eau. Dans un entretien pour le média Brut. , qui culmine à presque un million de vues, il explique comment le monde va changer dans la prochaine décennie.

Entre survivalisme, décor apocalyptique et nouvelles technologies

Les films (post-)apocalyptiques souvent basés sur des romans de science-fiction ont toujours eu un réel succès auprès des spectateurs. Les exemples sont nombreux. Le plus connu est Mad Max dont le scénario est basé sur l’effondrement de la société causé par la guerre et la pénurie de ressources essentielles. Des bandes rivales pillent les routes tandis que la police tente de faire régner l’ordre.

The Road (2009) a également été un grand succès. L’histoire se focalise sur la survie d’un père et son fils, qui ont survécu à l’apocalypse. Ils fuient vers l’Ouest en tentant d’échapper aux bandes armées cannibales.

Elysium, sorti plus récemment, propose un futur dystopique au XXIIème siècle sur une Terre rongée par la maladie, la pollution, la surpopulation et la violence. Les pauvres vivent dans des conditions dérisoires sous l’autorité des machines tandis que les riches sont installés sur une base spatiale en orbite où la technologie permet notamment de soigner toutes les maladies.

La collapsologie dans les séries : Years and Years et L’effondrement

La plupart des films post-apocalyptiques ne proposent pas les détails d’un effondrement comme c’est le cas désormais dans les séries TV. Parmi les plus connues on peut citer « Years and years » et « L’effondrement », toute deux diffusées sur Canal+.

La Série Years and years est l'une des premières séries sur la collapsologie. Sur la photo, on peut voir la scène de  l'effondrement de la banque.
Série Years and years : scène de l’effondrement de la banque
  • La série « Years and years » raconte comment une famille anglaise tente de survivre à la crise financière qui a emporté toutes leurs économies. Entre montée du populisme, collapsologie et transhumanisme, la série contient toutes les craintes d’un futur incertain.
  • La série « L’effondrement«  du collectif Les Parasites met en scène différents personnages durant les premières semaines d’un monde en situation d’effondrement. Du supermarché dévalisé à l’écovillage envahi par les néo-réfugiés, les réalisateurs proposent une immersion dans un monde qui sombre.

Les figures de la collapsologie

Si la collapsologie est un courant de pensée assez récent, il regroupe déjà de nombreuses figures médiatiques. Du scientifique au podcasteur en passant par le politique, chacun arrive avec son expérience passée. La définition sur l’effondrement peut varier d’un conférencier à l’autre et certains sont même critiques sur le terme « collapsologie ».

La liste proposée ci-dessous n’est ni exhaustive ni dans un ordre précis. Elle regroupe les principaux acteurs qui s’exprime sur la question de l’effondrement.

  • Jared Diamond (géographe, auteur du livre à succès « Collaspse »)
  • Pablo Servigne (ingénieur agronome, coauteur du best-seller « Comment tout peut s’effondrer »)
  • Yves Cochet (ancien Ministre de l’Environnement, cofondateur de l’Institut Momentum et auteur du livre « Devant l’effondrement : petit essai de collapsologie »)
  • Jean-Marc Jancovici (cofondateur du Shift Project, membre du Haut Conseil pour le Climat)
  • Aurélien Barrau (astrophysicien et enseignant)
  • Philippe Bihouix (auteur du livre « L’Age des low tech »)
  • Matthieu Auzanneau (journaliste, cofondateur du Shift Projet)
  • Alexia Soyeux (réalisatrice du podcast « Présages »)
  • Alexandre Boisson (président de SOS Maires et consultant face aux risques majeurs)
  • Dominique Bourg (philosophe et spécialiste des questions environnementales)
  • Agnès Sinaï (cofondatrice de l’institut Momentum et journaliste)
  • Vincent Mignerot (essayiste et fondateur de l’association « Adrastia »)
  • Paul Jorion (anthropologue, lanceur d’alerte notamment sur la crise des subprimes)
  • Corinne Morel Darleux (responsable politique et auteure)
  • Arthur Keller (conférencier et spécialistes de la prévention des risques)
  • Gaël Giraud (ex-économiste en chef de l’Agence française de développement et directeur de recherche au CNRS)
  • Cyril Dion (réalisateur et militant écologiste)

Sites, médias et forums collapsologues

Des médias collapsos variés

La collapsologie a connu ces dernières années un essor important grâce notamment au succès des livres de Jared Diamond et Pablo Servigne. Les médias ont été nombreux à réaliser des documentaires, débats et émissions sur le sujet.

Thinkerview est le média indépendant qui a fait connaître les thèses autour de l’effondrement de la civilisation. Cette chaîne Youtube aux centaines de milliers d’abonnés a invité à tour de rôle Pablo Servigne, Jean-Marc Jancovici, Aurélien Barrau, Gaël Giraud ou encore Philippe Bihouix. Des entretiens de plus de deux heures sur l’effondrement de la civilisation, le krash financier ou encore le rapport du GIEC atteignant parfois 2 millions de vues.

La chaîne Youtube Partager c’est Sympa a également explosé les compteurs de vues sur la question de la collapsologie. Entre reportages, vidéos explicatives et interviews, Vincent a participé à la démocratisation des réflexions autour du collapse.

Le média Brut. a également participé à faire connaître la collapsologie en interrogant Yves Cochet. L’ancien ministre a fait le buzz en montrant sa maison, ses animaux et ses équipements pour préparer un potentiel effondrement de la société telle que nous la connaissons. D’autres reportages de Brut. vont à la rencontre de personnes ayant choisi la vie en autonomie dans des fermes ou des éco lieux. Des vidéos qui réalisent également énormément de vues.

Le nouveau média Blast propose aussi des entretiens sur les thématiques collapso comme les crises financières, climatiques et évoquent régulièrement la question d’un effondrement de la civilisation.

On pourrait également citer parmi les médias moins connus mais tout aussi intéressants les podcasts du Green Letter Club, de Présages, de Sismique, The Swiss Box et de bien d’autres.

Forums sur la collapsologie et groupes Facebook

Il n’existe aucun forum en tant que tel sur la collapsologie cependant sur Facebook, de nombreux groupes existent dont certains très actifs. Voici une liste non-exhaustive :

Livres sur l’effondrement et la collapsologie

Les livres sur l’effondrement et la collapsologie ont fleuri dans les librairies ces dernières années. Les auteurs viennent d’horizons différents, ils sont scientifiques, conférenciers, journalistes, politiques, etc..

Voici une liste des livres sur l’effondrement les plus connus :

Hubert Reeves sixième extinction de masse

Hubert Reeves : « Aujourd’hui nous sommes menacés par la sixième extinction »

Destruction de l'environnement biodiversité causes conséquences

Destruction de l’environnement : causes, conséquences et espoirs