Hubert Védrine : « Le Poutine de 2022 est largement notre création »

Hubert Védrine était invité sur BFM TV afin d’évoquer l’invasion russe en Ukraine. L’ancien ministre des Affaires Etrangères a évoqué les erreurs occidentales sur la question ukrainienne et la gestion des relations européennes avec la Russie.

Hubert Védrine sur les erreurs de l’Occident

Après Dominique de Villepin face à Bernard Henri Lévy, c’est Hubert Védrine qui est venu faire une leçon de géopolitique sur BFM TV. L’ancien ministre des Affaires Etrangères a évoqué la responsabilité des occidentaux dans la gestion des relations diplomatiques avec la Russie de Vladimir Poutine, notamment pendant ses deux premiers mandats.

« Le Poutine de 2022 est largement notre création [..] Cela n’aurait jamais dû se passer comme ça. Jamais. Pendant les deux premiers mandats de Poutine, il était assez ouvert, Medvedev encore plus », explique l’ancien ministre.

Hubert Védrine a également évoqué les deux plus grands conseillers en géopolitique des Etats-Unis : Henry Kissinger et Zbigniew Brzeziński. Ces deux derniers ont combattu l’URSS pendant toute leur vie mais ont toujours prévenu que l’Ukraine devait rester neutre pour éviter un nouveau conflit.

« Kissinger et Brzeziński, les deux grands pontes de la géopolitique américaine, ont dit à plusieurs reprises que c’était complétement absurde de parler sans arrêt de mettre l’Ukraine dans l’OTAN.»

L’axe Russie – Chine renforcé par l’Occident

Hubert Védrine déplore le manque de stratégie géopolitique des américains qui pendant des années ont alimenté les tensions avec la Russie sur la question ukrainienne. Selon lui, l’Occident a poussé vers une alliance russo-chinoise alors qu’elle avait tout intérêt à faire l’inverse.

« Il faut penser à l’avenir : on aura toujours la Russie pour voisin. Est-ce qu’on veut globalement, les occidentaux, renforcer l’alliance entre la Russie et la Chine, stratégiquement c’est absurde.»

L’ancien ministre conseille les « décideurs » de ne pas prendre des sanctions trop importantes contre Moscou afin d’éviter de renforcer Pékin. Les chinois ont d’ailleurs déjà fait savoir qu’ils soutiendront financièrement et technologiquement les russes s’ils devaient y avoir des sanctions.

« La surexcitation géante de l’Occident ne conduit pas à une solution non plus et la Chine se frotte les mains pendant ce temps là.»

« C’est l’alliance [de la Chine] avec la Russie qui se confirme; ce n’est pas notre intérêt d’autant que les russes ne veulent pas», a rappelé Hubert Védrine.

La Chine ne condamne pas l’invasion russe en Russie

Les observateurs avaient noté la visite de Vladimir Poutine en Chine à l’occasion des Jeux Olympiques d’Hiver. Les deux hommes s’étaient mis d’accord pour renforcer leur partenariat sur fond de crise diplomatique avec l’Ukraine.

Contrairement aux diplomaties occidentales, Pékin a déclaré comprendre «les préoccupations raisonnables de la Russie». La Chine n’a pas rapatrié ses 20 000 ressortissants en Ukraine et leur a demandé de se déplacer avec des drapeaux chinois sur leur voiture.

Les Etats-Unis avaient prévenu la Chine des projets d’invasion de Poutine en Ukraine dès fin 2021. Pékin a rapporté les propos de Washington à Moscou sans tenter de la dissuader d’agir.

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