Ukraine : la Russie envoie son armée, les européens craignent une crise énergétique et sociale

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Vladimir Poutine a reconnu hier les territoires séparatistes ukrainiens comme des Etats indépendants. Dans le même temps, il a annoncé y envoyer des troupes pour assurer une mission de « maintien de la paix ».

A l’Ouest, les membres de OTAN ont condamné les propos de Vladimir Poutine et préparent des sanctions économiques. Pour autant, c’est bien l’Europe qui pourrait souffrir d’une augmentation des prix du gaz et du pétrole si le conflit s’accentue.

La Russie reconnaît officiellement les deux « républiques » séparatistes

Depuis 2014, les séparatistes ukrainiens mènent une guerre de faible intensité contre Kiev avec le soutien de Moscou. Mais depuis quelques semaines, la pression s’est accentuée sur l’Ukraine. La Russie a amassé autour de 150 000 soldats à sa frontière évoquant la nécessité de se protéger face à l’avancée de l’OTAN.

Ces derniers jours, les combats entre l’armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes se sont accrus. Les leaders indépendantistes ont appelé la Russie à intervenir pour protéger les populations.

Hier, lundi 21 février 2022, Vladimir Poutine a accusé des soldats ukrainiens d’être entrés en territoire russe. Il a également fait un discours extrêmement offensif indiquant notamment que l’Ukraine n’est pas vraiment un pays séparé de la Russie et que l’Occident porterait toute la responsabilité de cette impasse. Il a ensuite reconnu officiellement l’indépendance de la République populaire de Donetsk (DNR) et de la République populaire de Louhansk (LNR).

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Territoires séparatistes ukrainiens reconnus comme indépendants par la Russie

Dans la foulée, le président russe a annoncé que des troupes russes interviendront prochainement dans les régions en conflit pour servir de forces du « maintien de la paix ». Les experts s’interrogent désormais sur l’avancée des forces russes. Vont-elles occuper le territoire actuellement détenu par les séparatistes ou la totalité des zones que ces derniers revendiquent quitte à entrer en conflit direct avec l’Ukraine ?

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Les pays de l’OTAN préparent des sanctions économiques

Emamnuel Macron s’est à nouveau ridiculisé dans le conflit ukrainien puisque l’Elysée avait assuré que Joe Biden et Vladimir Poutine étaient d’accord pour discuter afin d’éviter toute escalade de la violence. Une déclaration rapidement démentie par le Kremlin quelques heures avant l’action russe en Ukraine.

Les Etats-Unis et l’Union Européenne ont condamné la reconnaissance par la Russie des deux territoires séparatistes. Le Président Biden a décidé d’imposer des sanctions économiques aux deux régions indépendantistes soutenues par le Kremlin.

« Demain, nous annoncerons de nouvelles sanctions contre la Russie en réponse à sa violation du droit international et à son attaque contre la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine », a déclaré l’attachée de presse de la Maison Blanche, Jen Psaki.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont publié une déclaration réitérant leur « soutien indéfectible » à l’Ukraine.

« Cette étape est une violation flagrante du droit international ainsi que des accords de Minsk », ont-ils ajouté. « L’Union réagira par des sanctions contre les personnes impliquées dans cet acte illégal. »

Maintien de la paix au Donbass ou invasion de l’Ukraine

La Russie a déployé ses forces dans l’est de l’Ukraine en prétextant vouloir maintenir la paix et la sécurité dans les territoires séparatistes. Mais jusqu’où s’enfoncera l’armée russe ? Va-t-elle s’arrêter aux zones en conflit ou contrôler l’ensemble du Donbass quitte à entrer en conflit frontalement avec les troupes ukrainiennes ?

« Selon l’un des chefs des affaires étrangères de la Douma, L.Kalachnikov, le territoire des deux Etats reconnus hier, ce sont les régions administratives de Donetsk et Louhansk. Dans cette configuration, l’Ukraine occupe illégalement 2/3 de leur territoire, que la Russie se doit de reprendre », explique le correspondant du journal Le Monde à Moscou, Benoît Vitkine.

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Selon Michael Kofman, un expert des capacités militaires de la Russie, les déclarations de Vladimir Poutine ne sont probablement que la première étape d’une opération militaire plus large qui ne se limitera pas au Donbass.

Aux Etats-Unis, on hésite encore à évoquer une invasion russe et à prendre des sanctions maximales. L’administration Biden semble hésiter à utiliser des termes qui la forceraient à prendre des mesures plus drastiques.

« Le président Biden avait évoqué fin janvier [..] la possibilité d’une « incursion mineure » de la Russie en Ukraine qui diviserait l’OTAN sur la réponse à fournir. On peut se demander si Poutine, en limitant pour l’instant son intervention militaire aux régions séparatistes de Donetsk et Louhansk déjà acquises à la Russie, ne joue pas sur cette « zone grise » de l’ »incursion mineure », paralysant la réponse claire de la présidence Biden », explique Corentin Sellin, spécialiste des Etats-Unis.

Pétrole, gaz : la dépense européenne envers la Russie

Au lendemain des mesures prises par Vladimir Poutine, le prix du gaz et du pétrole ont déjà augmenté. Si la Russie a assuré que la question énergétique ne serait pas prise en otage par le conflit ukrainien, l’instabilité et les sanctions entre pays pourraient bien avoir pour conséquence une explosion des prix de l’énergie.

Le prix de l’essence va encore augmenter

Au lendemain de la reconnaissance des territoires séparatistes par Poutine, le pétrole brut Brent de la mer du Nord a atteint USD 99,38/baril, son plus haut niveau depuis septembre 2014. La répercussion sur les prix à la pompe ne devrait pas tarder à se faire remarquer dans les pays européens.

Le prix du gaz va exploser

Mais les prix du pétrole ne sont pas la seule crainte des pays européens. Les principales économies européennes sont dépendantes du gaz russe. Selon Eurostat, la Russie fournit 40% du gaz de l’Union Européenne, de quoi provoquer un deuxième choc énergétique à l’image du choc pétrolier de 1973.

« Nous avons examiné les hypothèses d’un arrêt partiel ou complet des approvisionnements de gaz russe et je peux dire aujourd’hui que nous sommes en sécurité pour cet hiver », a indiqué récemment la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

L’Allemagne, dont les prix de l’énergie ont déjà explosé pendant l’hiver, pourrait être la principale économie touchée par une coupure du gaz russe. Berlin, qui a mis fin à son programme de nucléaire civil, dépend – entre 50% à 75% estime Eurostat – de ses importations de gaz naturel russe.  

L’Allemagne a toujours insisté auprès de ses alliés pour indiquer qu’elle prendrait ses responsabilités en cas de crise géopolitique avec la Russie. Au lendemain de la déclaration de Vladimir Poutine, les autorités allemandes ont suspendu le processus d’approbation du gazoduc russo-allemand Nord Stream 2.

Les Etats-Unis et le Qatar sauveurs de l’Europe ?

Les Etats-Unis ont toujours été opposés à une dépendance européenne envers le gaz russe. L’axe Paris-Berlin-Moscou est vu comme une menace par Washington. L’administration Trump puis Biden ont d’ailleurs menacé à plusieurs reprise l’Allemagne suite à la mise en place du gazoduc Nord Stream 2.

Face aux craintes d’une rupture d’approvisionnement russe, les Etats-Unis ont déjà pris les devants afin d’assurer aux européens un approvisionnement de substitution. Le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) pourrait envoyer des dizaines voire des centaines de bateaux remplis de schiste vers l’Europe en cas de conflit. Certains observateurs ont même accusé l’administration Biden d’insister sur les velléités russes envers l’Ukraine pour faire les affaires de l’industrie du schiste américain.

Le Qatar a également été sollicité par les Etats-Unis pour fournir davantage de gaz à l’Union Européenne en cas d’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cependant, Doha n’aurait pas les moyens d’augmenter de manière significative l’approvisionnement en gaz naturel de l’Europe. La pétromonarchie, l’un des plus grands exportateurs de GNL au monde, est déjà à pleine capacité.

Crise sociale et économique en Europe

En Europe, l’inflation et la flambée des prix de l’énergie font craindre une nouvelle crise sociale et économique.

Selon de nombreux sondages, le pouvoir d’achat est la préoccupation principale des français. L’Insee a indiqué que la France compterait 9,3 millions de pauvres. Le taux de pauvreté monétaire le plus élevé depuis 20 ans.

Les foyers les plus précaires sont ceux qui subissent le plus cette hausse des prix de l’énergie notamment à cause de la qualité des habitations. Un foyer avec un faible revenu n’a pas les moyens d’avoir une pompe à chaleur, un électroménager classe A++, des panneaux solaires ou une isolation de qualité.

En pleine période électorale, un mouvement social tel que celui des gilets jaunes pourrait bien ressurgir et se développer à travers toute l’Europe. L’accentuation des inégalités depuis la crise sanitaire, l’augmentation des prix des matières premières, de l’énergie et des denrées alimentaires offrent toutes les conditions pour une nouvelle flambée sociale.

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