Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, et le Cabinet de l’État ont désigné, le 29 septembre, le Council on American-Islamic Relations (CAIR), les Frères musulmans et le mouvement antifa comme des organisations terroristes opérant sur le territoire américain, a rapporté Florida Phoenix.
Le vote a également ajouté à la liste de l’État plus de 90 organisations terroristes étrangères déjà désignées comme telles par le gouvernement fédéral, selon Florida Phoenix. Ces désignations entreront en vigueur le 5 novembre.
Fondé en 1994, le CAIR se présente comme la principale organisation de défense des droits civiques de la communauté musulmane aux États-Unis. L’organisation compte plus de 25 antennes à travers le pays, notamment à Tampa et à Sunrise, dans le comté de Broward.
Selon WFLA, le vote interdit aux groupes désignés de recevoir des financements des gouvernements de l’État et des collectivités locales et entraîne également la suppression des aides et bourses publiques destinées aux établissements scolaires qui leur apportent leur soutien. La loi à l’origine de ces désignations permet par ailleurs à l’État de dissoudre les organisations visées et prévoit des sanctions pénales pour ceux qui ne s’y conforment pas, a rapporté JNS.
Le CAIR et l’American Civil Liberties Union (ACLU) ont affirmé que cette désignation contraindrait l’organisation à mettre fin à ses activités en Floride, sous la menace de lourdes sanctions pénales visant ses employés, ses membres du conseil d’administration et ses soutiens, selon WFLA.
« Le CAIR était un co-conspirateur non inculpé dans le plus important procès pour financement du terrorisme de l’histoire des États-Unis », a déclaré DeSantis jeudi, selon WFLA. Le gouverneur a affirmé que les désignations visaient les réseaux financiers qui soutiennent ce type de mouvements.
Le procureur général de Floride, James Uthmeier, a déclaré que le fait de soutenir les groupes désignés constituait un crime passible de poursuites pénales et que les étudiants qui en feraient la promotion seraient exclus de leur établissement, a rapporté WFLA.
« L’État libre de Floride ne permettra pas que le terrorisme soit financé ou légitimé à travers nos établissements scolaires », a déclaré Uthmeier.
Des avocats de l’ACLU représentant le CAIR ont tenté d’intervenir lors de la réunion du Cabinet, mais Ron DeSantis a maintenu le vote, a rapporté Florida Voice News. Selon l’ACLU, celui-ci n’a duré qu’une trentaine de secondes.
Hina Shamsi, directrice du National Security Project de l’ACLU, a qualifié la désignation de « dépourvue de fondement » et d’« inconstitutionnelle ».
Bobby Block, directeur exécutif de la First Amendment Foundation, a estimé que la Floride avait franchi une étape exceptionnelle à l’encontre d’une organisation de défense des droits civiques et d’un mouvement politique aux contours, selon lui, largement indéfinis.
Une deuxième tentative après le blocage par la justice
Ron DeSantis avait déjà désigné le CAIR et les Frères musulmans comme organisations terroristes dans un décret exécutif pris en décembre 2025. Le CAIR-Florida avait contesté cette décision devant la justice fédérale. En mars, le juge fédéral Mark Walker avait ordonné la suspension de cette mesure, invoquant notamment des questions liées au Premier Amendement de la Constitution américaine, qui protège notamment la liberté d’expression et d’association, selon Florida Phoenix et JNS.
La législature de Floride a ensuite adopté, en février, le projet de loi HB 1471. Celui-ci confère au directeur du Florida Department of Law Enforcement (FDLE) le pouvoir de recommander au gouverneur et au Cabinet la désignation d’organisations terroristes nationales ou étrangères, a rapporté Florida Phoenix.
DeSantis a présenté cette mesure comme une loi visant à lutter contre la charia. Le texte est entré en vigueur le 1er juillet.
Quelques heures après l’annonce, par DeSantis et le commissaire du FDLE de l’époque, Mark Glass, de leur recommandation, le CAIR et sa branche floridienne ont saisi la justice fédérale contre le gouverneur et plusieurs autres responsables, selon Florida Phoenix.
L’ACLU, sa branche de Floride et le Southern Poverty Law Center contestent également cette désignation dans le cadre de deux procédures devant la justice fédérale, a rapporté The Epoch Times.
Des accusations récurrentes
Le dossier présenté par le FDLE au Cabinet cite notamment l’inscription du CAIR sur la liste des « co-conspirateurs non inculpés » dans l’affaire United States v. Holy Land Foundation, un procès portant sur le financement du terrorisme, selon Florida Phoenix.
En 2007, les procureurs fédéraux avaient cité le CAIR parmi plus de 200 organisations et personnes dans le cadre de cette affaire. Les accusés ont été reconnus coupables en 2008. Selon JNS, le CAIR n’a toutefois jamais été inculpé d’une infraction pénale.
Les documents de l’État affirment également que des membres fondateurs du CAIR entretenaient des liens avec la direction du Hamas et que certains membres actuels de l’organisation seraient en relation avec une personne présentée comme membre du Jihad islamique palestinien, a rapporté Florida Phoenix.
Le CAIR a rejeté ces accusations et nié l’existence de tels liens, selon The Epoch Times.
Les documents soumis au Cabinet comprenaient également une réfutation de Jason Blazakis, ancien responsable de la lutte contre le terrorisme au département d’État américain et aujourd’hui chercheur au Middlebury Institute of International Studies. Celui-ci a estimé que les éléments avancés contre le CAIR étaient largement insuffisants pour justifier une telle désignation, selon Florida Phoenix.
En 2025, le gouverneur du Texas, Greg Abbott, avait lui aussi désigné le CAIR et les Frères musulmans comme des organisations terroristes étrangères.
Les Émirats arabes unis avaient désigné le CAIR comme organisation terroriste en 2014, invoquant des liens présumés avec les Frères musulmans ainsi que des préoccupations liées à l’extrémisme, selon les documents de l’État de Floride cités par Florida Phoenix.
Au niveau fédéral, les États-Unis n’ont pas désigné les Frères musulmans en tant qu’organisation unique. En janvier 2026, Washington a imposé des sanctions aux branches de la confrérie en Égypte, en Jordanie et au Liban.
Le 9 mars 2026, le département d’État américain a par ailleurs désigné les Frères musulmans soudanais comme « Specially Designated Global Terrorist », une catégorie américaine visant certaines personnes ou entités considérées comme une menace terroriste internationale.
