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Gaël Giraud : « Je ne vois pas comment nous pourrions échapper à une nouvelle crise financière »


L'économiste Gaël Giraud, spécialisé en économie mathématique. Il est prêtre catholique, membre de la Compagnie de Jésus et chef économiste de l'Agence française de développement (AFD). Paris, le 28 mars 2019.

Dans un entretien donné à l’hebdomadaire Marianne, l’économiste et directeur de recherche au CNRS, Gaël Giraud, analyse la situation économique et énergétique mondiale. Pour lui, la décennie 2020 pourrait être celle des crises financières, climatiques et énergétiques.

Crise financière et ses facteurs

Pour l’ancien chef économiste de l’Agence Française de développement, une crise financière dans la prochaine décennie est inévitable. L’économiste français donne plusieurs facteurs importants qui continuent de se dégrader notamment un problème structurel lié aux taux d’intérêts nuls ou négatifs des pays riches, la dette des étudiants américains, qui dépasse les 1.500 milliards de dollars ou encore une nouvelle crise des subprimes due à un marché immobilier américain qui recommence à prêter aux foyers à faibles revenus. Il n’exclut pas non plus la faillite d’une grande banque européenne comme la Deutsch Bank.

« Un manque de rendement des titres obligataires (dû aux taux d’intérêts négatifs) devient alors une incitation permanente à la faute. Couplé à l’énormité des dettes privées (et non publiques) dans le monde, cela fait un cocktail idéal pour une nouvelle crise », explique Gaël Giraud.

« Il serait très étonnant que nous n’ayons pas un nouveau krach dans la décennie qui vient. Je ne vois pas comment nous pourrions échapper à une nouvelle crise financière ».

Crise climatique et énergétique

Gaël Giraud est également inquiet quant à l’aggravation de l’impact du réchauffement climatique, de la destruction des écosystèmes et de la raréfaction des ressources naturelles.

« Il est vraisemblable, par exemple, que le Sud de l’Europe connaisse dans les dix ans qui viennent des pénuries d’eau extrêmement graves. La perturbation du cycle de l’eau sur la planète est une épreuve majeure à laquelle il faudra faire face ».

La question du pic d’extraction conventionnel du pétrole au niveau mondial dépassé depuis 2006 n’a pas empêché les Etats de maintenir leur dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. La mise en place de techniques non-conventionnelles comme le gaz de schiste ont repoussé l’explosion du prix du baril mais le développement de la Chine, de l’Inde ou encore la vente toujours plus importante de SUV augmentent la consommation de pétrole et aggravent les conséquences du réchauffement climatique.

« Aujourd’hui, les ingénieurs pétroliers me paraissent divisés en deux tribus : une première estime que l’on devrait atteindre un plateau d’extraction, toutes techniques confondues, dans la deuxième moitié de la décennie 2020. Et une seconde pense que les réserves accessibles sont suffisamment importantes pour que nous puissions continue d’augmenter la production (et détruire le climat) jusqu’en 2060 », explique Gaël Giraud.

La possibilité de voir les réserves de pétrole s’amenuiser rapidement entraînerait automatiquement des famines partout dans le monde si une transition vers des énergies renouvelables ou subsidiaires n’est pas menée par les Etats.

« Si la première “tribu” a raison, nous risquons d’avoir un énorme problème d’acheminement des marchandises, puisque la totalité du commerce international aujourd’hui dépend du pétrole. »

Macron et les privatisations

Face à la crise climatique et énergétique, Gaël Giraud évoque l’exemple des éco-villages, des campus écologiques pour constituer des sociétés plus résilientes basées sur les communs. Pour l’économiste, si les idées sont bonnes, elles restent insuffisantes et doivent être aidées par l’Etat pour amorcer un virage important vers une société bas-carbone.

Pour Gaël Giraud, la politique menée par Emmanuel Macron est complètement aux antipodes ce qu’il faudrait faire.

« Les mesures prises par le gouvernement Macron vont exactement en sens inverse : il multiplie les cadeaux aux plus favorisés et aux industries polluantes tout en détruisant les filets sociaux instaurés en 1945 : les indemnités chômage, la retraite… Cette violence à peine dissimulée derrière un faux bon sens gestionnaire s’explique peut-être par la peur de certaines élites françaises : c’est la panique avant la débâcle, et l’on tente de faire payer la note de nos errements écologiques et financiers par les classes moyennes et populaires ».

Selon l’économiste, les plus riches sont déjà en train de s’approprier le patrimoine collectif comme en Grèce. Il donne notamment l’exemple des Aéroports de Paris et le Terminal 4 qui sont en voie de privatisation malgré les critiques et dangers que cela pourrait entraîner.

« Un certain nombre de pays vont comprendre sans doute que certaines industries stratégiques ne peuvent pas être privatisées sauf à suivre le chemin de l’effondrement qu’empruntent aujourd’hui la Syrie ou le Vénézuéla. Notre responsabilité est historique pour éviter cela. Et la situation est bien plus grave qu’en 1939 ».


Écrit par La Rédaction Issues

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