Avec des délégués du monde entier, je me rendrai au sommet climatique COP30 des Nations Unies dans la ville amazonienne brésilienne de Belém. Comme beaucoup d’autres, je ne sais pas trop à quoi m’attendre.
Cette année, le sommet est peut-être confronté aux plus grands vents contraires de l’histoire récente. Aux États-Unis, l’administration Trump a sabré dans la science du climat, annulé des projets d’énergies renouvelables, étendu l’extraction de combustibles fossiles et quitté (encore une fois) l’Accord de Paris. Les efforts de Trump pour paralyser l’action climatique ont provoqué des turbulences géopolitiques extrêmes, éclipsant le principal forum mondial de coordination de l’action climatique, alors même que le problème s’aggrave.
L’année dernière, le réchauffement climatique moyen a dépassé 1,5°C pour la première fois. Les catastrophes climatiques coûteuses se multiplient, avec de graves vagues de chaleur, des incendies et des inondations qui touchent la plupart des continents cette année.
Les négociations sur le climat ne sont jamais faciles. Chaque nation veut participer et de nombreux intérêts s’affrontent. Les États pétroliers et les grands exportateurs de combustibles fossiles veulent maintenir l’extraction, tandis que les États du Pacifique regardent désespérément la montée des mers. Mais en l’absence d’un gouvernement mondial pour diriger la politique climatique, ces négociations imparfaites restent la meilleure option pour coordonner l’engagement en faveur d’une action significative.
Voici ce qu’il faut surveiller cette année.
Un COP plus petit que d’habitude ?
Une critique persistante des sommets annuels sur le climat est qu’ils sont devenus trop importants et trop lourds – davantage un salon commercial et un terrain de jeu pour les lobbyistes des combustibles fossiles qu’un forum efficace pour la diplomatie multilatérale et l’action contre le changement climatique. Une solution consiste à réduire délibérément la taille de ces négociations.
La conférence de Belém pourrait finir par avoir un plus petit nombre de délégués, mais pas tant par conception que par des problèmes logistiques.
Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a soutenu la décision d’inviter le monde en Amazonie pour montrer à quel point l’immense forêt tropicale est vitale en tant que puits de carbone. Mais l'éloignement de Belém, sur la côte nord-est, les infrastructures limitées et le manque d'hôtels ont fait monter les prix en flèche, mettant la conférence hors de portée des petits pays, y compris certains des plus vulnérables. Ces contraintes pourraient mettre à mal le « Mutirão » inclusif (effort collectif sur le changement climatique) recherché par les organisateurs.
Montre-moi l'argent
Le financement climatique est une question récurrente lors des réunions de la COP. Ces promesses de financement des pays riches visent à aider les pays les plus pauvres à réduire leurs émissions, à s'adapter au changement climatique ou à se remettre des catastrophes climatiques. Les pays les plus pauvres réclament depuis longtemps davantage de financement, étant donné que les pays riches ont causé bien plus de dégâts au climat.
Lors de la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan l'année dernière, un nouvel objectif de financement climatique a été fixé : 300 milliards de dollars américains (~ 460 milliards de dollars australiens) seront collectés chaque année par les pays développés d'ici 2035, avec pour objectif d'atteindre 1 300 milliards de dollars américains (~ 2 000 milliards de dollars australiens) de financement provenant de sources gouvernementales et privées sur la même période.
Pour atteindre le deuxième objectif, les négociateurs ont établi une feuille de route « Bakou vers Belém ». Les détails devraient être finalisés lors de la COP30. Mais alors que les États-Unis s’éloignent de l’action climatique et que l’Union européenne hésite, de nombreux regards seront tournés vers la Chine et se demanderont si elle entend combler le vide de leadership climatique laissé par les pays développés. L'UE vient tout juste de parvenir à un accord sur un objectif de réduction des émissions pour 2040 et sur une réduction « indicative » pour 2035.
Le financement climatique sera la priorité de nombreux pays, car l’aggravation des catastrophes telles que l’ouragan Melissa en Jamaïque et le typhon Kalmaegi aux Philippines démontre une fois de plus l’énorme coût humain et financier du changement climatique.
La dernière évaluation de l’ONU indique que le besoin de ce financement dépasse les flux de 12 à 14 fois. À Belém, les pays les plus pauvres espèrent parvenir à un accord sur un financement et un soutien accrus à l’adaptation. Il sera essentiel de travailler sur un ensemble mondial d’indicateurs pour suivre les progrès en matière d’adaptation, y compris en matière de financement.
Les organisateurs brésiliens espèrent rallier les pays autour d’une autre initiative de financement phare qui sera lancée lors de la COP30. Le Fonds Tropical Forests Forever récompenserait les pays qui préservent les forêts tropicales, avec 20 % des fonds destinés aux peuples autochtones et aux communautés locales qui protègent les forêts tropicales sur leurs terres. S’il se concrétise, ce fonds pourrait constituer une avancée décisive dans la lutte contre la déforestation en inversant l’économie en faveur de la conservation et en protégeant une énorme réserve de carbone.
Engagements climatiques pour 2035
Belém était censé être une célébration de nouvelles promesses ambitieuses en matière d’émissions qui maintiendraient l’objectif de l’Accord de Paris de maintenir le réchauffement à 1,5°C. Les nations devaient initialement soumettre leurs engagements pour 2035 (officiellement connues sous le nom de contributions déterminées au niveau national) d'ici février, avec une prolongation accordée jusqu'en septembre après que 95 % des pays n'ont pas respecté la date limite.
Lorsque les promesses de dons sont finalement arrivées en septembre, elles étaient largement décevantes. Seule la moitié des émissions mondiales étaient couvertes par un engagement pour 2035, ce qui signifie que l'écart d'émissions restant pourrait être très important. L'Australie s'engage à réduire ses émissions de 62 à 70 % par rapport aux niveaux de 2005.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de progrès. Un nouveau rapport de l'ONU suggère que les pays infléchissent la courbe des émissions vers le bas, mais à un rythme beaucoup plus lent que nécessaire.
La manière dont les négociateurs géreront cet écart d’émissions sera un test décisif pour savoir si les pays prennent au sérieux leurs obligations dans le cadre de l’Accord de Paris.
Montée des tribunaux
Même si certains pays renoncent à l’action climatique, les tribunaux s’en prennent de plus en plus à la brèche. Cette année, la Cour internationale de Justice a publié un avis consultatif passionnant sur les obligations climatiques des États en vertu du droit international, notamment sur le fait que les objectifs nationaux doivent contribuer de manière adéquate à atteindre l'objectif de température de l'Accord de Paris. La Cour a averti que ne pas prendre « les mesures appropriées » pour protéger le système climatique des émissions de combustibles fossiles – y compris celles provenant de projets menés par des sociétés privées – pourrait constituer « un acte internationalement illicite ». Autrement dit, ils pourraient engager une responsabilité internationale.
Il sera intéressant de voir comment cette décision affectera les positions de négociation à la COP30 sur l’élimination progressive des combustibles fossiles. Lors de la COP28 en 2023, les nations ont promis de commencer à « abandonner les combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques ». Si les pays ne parviennent pas à progresser dans l’élimination progressive, la responsabilité pourrait plutôt être assurée par l’intermédiaire des tribunaux. Un nouveau jugement en France a jugé que les objectifs de zéro émission nette des majors pétrolières et gazières équivalaient à du greenwashing, tandis que des poursuites judiciaires visant à rendre les grands pollueurs de carbone responsables des dommages climatiques causés par leurs émissions sont en cours.
Une COP Australie/Pacifique ?
Une grande question à résoudre est de savoir si la candidature de longue date de l'Australie pour accueillir la COP de l'année prochaine à Adélaïde sera retenue. La candidature d’accueillir conjointement la COP31 avec les pays du Pacifique bénéficie d’un fort soutien international, mais le candidat rival, la Turquie, ne s’est pas retiré.
Si un consensus n’est pas atteint lors de la COP30, la ville hôte reviendrait par défaut à Bonn en Allemagne, où est basé le secrétariat de l’ONU sur le climat.
Résultat inconnu
Alors que le changement climatique s’aggrave, ces réunions tentaculaires et intenses ne semblent peut-être pas être une solution. Mais malgré les vents contraires et les reculs, ils restent essentiels. Le monde a fait des progrès en matière de changement climatique depuis 2015, en grande partie grâce à l’Accord de Paris. Ce qu'il faut maintenant, à l'occasion de son dixième anniversaire, c'est un regain de vigueur pour accomplir le travail.


