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Confinement : êtes-vous plutôt flemmard sur canapé ou entrepreneur survitaminé?


Depuis le confinement, on entend beaucoup parler de notre nouveau rapport à l’espace, aux autres et même au temps. Il est également question de notre perception de nous même, de ce que nous devenons, comment nous allons survivre tant en termes sanitaires que sur un volet plus économique et social. On prend le temps alors de faire de nouvelles activités, de lancer des projets inédits ou au contraire de feignasser dans notre canapé à zapper entre la télé et instagram. Quoiqu’il en soit, c’est notre corps qui est ballotté entre nos émotions ultra vitaminées et d’autres plus déprimées. Mais alors, dans quelle mesure notre corps prend-il possession du nouveau cadre spatio-temporel et surtout quelles en seront les conséquences?

Soit que nous engloutissons des pots de glace à la pelle ou que nous nous astreignons à un programme fitness aux exigences herculéennes, notre corps subit de nouvelles tensions. Il fait front face à notre mode de vie confiné.

On a eu le droit aux blagues sur les mains desséchées par les lavages répétés, les corps dissimulés sous des capes couvrant de la tête aux pieds lors des sorties courses, notre corps avant et après le confinement. Toutefois, se demande-t-on comment ce corps devient un instrument du confinement ? Et par là même, comment le confinement prend corps ?

Lavage de mains, distanciation sociale, masques et gants sont autant de techniques que nous incorporons et qui pèsent sur nos corps et nos routines. Ces nouvelles disciplines, terme cher aux théories de Michel Foucault, deviennent techniques du pouvoir sur les corps.

« La discipline définit chacun des rapports que le corps doit entretenir avec l’objet qu’il manipule » expliquait Michel Foucault dans Surveiller et punir.

La complexité des gestes nous lie à la condition nouvelle et à un monde que nous partageons par obligation mais qui ne nous ressemble pas. Nous devenons « dociles » pour reprendre le vocabulaire de l’auteur, même les plus récalcitrants d’entre nous se plient à une praxis régénérée.

Ceci me fait penser à une vidéo qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux où l’on voit le ministre de la justice belge Koen Geens tenter désespérément de mettre son masque qui s’échappe et dont l’élastique se refuse à rester derrière ses oreilles et le tissu ne cesse de grimper jusqu’à ses yeux. J’avoue avoir ri et pourtant je ne maîtrise que très en surface l’art du positionnement du masque. Nous estimons de facto que ces techniques doivent être acquises voire même quasiment innées.

Notre rire surgit parce que ces images dévoilent notre inadéquation aux outils. Nous sommes gauches. D’ailleurs, même Sibeth Ndiaye avait proclamé ne pas savoir mettre un masque, c’est dire! Si ces propos avaient déclenché une polémique, il n’en demeure pas moins qu’ils mettent en mot la difficile inculcation d’un apprentissage qui n’est pas naturel et avec lequel nous devons nous sentir en osmose en quelques jours.

Ce n’est pas tant le masque que nous refusons, c’est notre corps lui-même qui se rebiffe à être dompté. Parce qu’après tout, maîtriser la technique du masque c’est reconnaître qu’elle appartiendra à notre quotidien pour une durée indéterminée. C’est l’ancrer en nous et incorporer l’urgence sanitaire, notre précarité face à la situation, et même notre faiblesse que nous voulons la plus loin possible. 

Afin de ne pas se soumettre sur toute la ligne, sans rouspéter, notre corps adopte des stratégies d’évitement. Il n’a pas dit son dernier mot ce rebelle! Notre vie se conçoit désormais sur des gestes et des comportements différents de ce que nous vivions à l’extérieur. Par exemple, télé-travailler prend plusieurs positions, les pieds sur la table basse, sur la chaise en face de nous, au téléphone, via skype. Il y a celles et ceux qui sont organisés et qui prévoient la table d’appoint pour écrire dans le canapé ou dans le lit.

L’autre jour, je me suis surprise à travailler allongée sur le ventre dans mon lit. Alors j’ai pris conscience que si le confinement nous impose de la rigueur, et que le corps doit se soumettre à de nouvelles règles, il est aussi l’instrument par lequel nous touchons au relâchement, au laxisme qui nous permet encore de sentir un semblant de contrôle sur notre quotidien et nos actions. A travers une forme de décontraction, il réaffirme notre liberté. Je m’accapare le confinement corporellement. Je lui crée une nouvelle routine, de nouveaux rites. La contenance que nous donnions à notre allure et notre tenue devient indisciplinée, sauvage. Certains se douchent moins, d’autres traînent en pyjama malgré les articles nous expliquant comment s’habiller pour télé-travailler. 

Vous me direz, ce n’est que la flemme, on ne voit personne alors on paresse, c’est un défaut de sociabilité qui ne fait qu’insister sur la nature fainéante de l’humain. Mais, justement si ces habitudes réinventées n’étaient autre qu’un nouvel esthétisme du corps. Mi oisif, mi surbookée, le corps prend de nouvelles marques. Et c’est déjà épuisant en soit!

Les nébulations d’Estelle
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Écrit par La Rédaction Issues

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