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Comment les pays peuvent-ils être tenus responsables du respect du nouvel objectif de climat juridique de 1,5°C

Comment les pays peuvent-ils être tenus responsables du respect du nouvel objectif de climat juridique de 1,5°C

Les émissions mondiales doivent atteindre leur maximum cette année pour rester à moins de 1,5°C de l’augmentation de la température mondiale depuis les niveaux préindustriels. Cela signifie qu’à partir d’aujourd’hui, les pays doivent émettre moins de gaz à effet de serre. Les émissions doivent également être réduites de moitié d’ici 2030 pour éviter les pires effets du changement climatique.

Pour de nombreux pays, 1,5°C est une référence en matière de survie. À cette température, les petits États insulaires risquent particulièrement de devenir inhabitables en raison de l’élévation du niveau de la mer, de la perte des écosystèmes, de l’insécurité de l’eau, des dommages aux infrastructures et de l’effondrement des moyens de subsistance.

Pour sauvegarder leur avenir, Vanuatu et 17 autres pays ont passé six ans à faire campagne pour que la plus haute juridiction du système des Nations Unies, la Cour internationale de Justice, donne son avis sur la question de savoir si les pays ont des obligations juridiques spécifiques en matière de changement climatique. Cette année, le tribunal a accepté que ce soit le cas, et les obligations sont strictes, ce qui signifie que les États sont tenus d'utiliser tous les moyens disponibles pour éviter des dommages importants au système climatique.

Étant donné que l'avis consultatif de la Cour est une articulation du droit et des obligations juridiques existantes (plutôt qu'une décision juridique contraignante en soi), il doit recevoir un effet juridique par le biais de la législation nationale, des litiges liés au climat, des traités et conventions internationaux. En d’autres termes, il faut le maintenir en vie.

Mes recherches identifient comment maintenir l’avis consultatif en vie via quelques moyens pour obliger les pays à rendre compte de leur incapacité à protéger le système climatique.

La Cop30, le sommet des Nations Unies sur le climat qui se tiendra au Brésil en novembre, est la première occasion de demander des comptes aux pays qui ne sont pas parvenus collectivement à respecter la limite de 1,5°C dans leurs engagements nationaux pour 2025.

Dans mon récent article, je souligne quels pays respectent leurs obligations en matière de changement climatique et lesquels ne le font pas, et ce qui peut être fait pour y remédier.

Le temps presse, mais la diplomatie climatique peut être lente. Dans le cadre de l’accord de Paris, le traité international juridiquement contraignant sur le changement climatique conclu en 2015, les pays ont convenu de limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C et de poursuivre leurs efforts pour limiter l’augmentation des températures à 1,5°C.

Depuis lors, de nombreux pays ont fait pression, à chaque sommet annuel des Nations Unies sur le climat, pour que l’objectif de 1,5°C soit l’augmentation maximale de la température. Après des années de négociations, la Cour internationale de Justice a précisé que 1,5°C est sans équivoque l’objectif juridique de l’Accord de Paris. Cela dépend du fait que l’accord de Paris utilise une approche scientifique, de sorte que les décisions sont prises selon les meilleures données scientifiques disponibles à l’heure actuelle. Actuellement, la science indique qu’un réchauffement de 2°C serait catastrophique.

Les contributions déterminées au niveau national (NDC) sont des plans créés par chaque pays décrivant comment ils réduiront leurs émissions (afin d'atteindre collectivement l'objectif de température de l'accord de Paris) et s'adapteront au changement climatique. La décision de justice a clairement indiqué que les pays sont non seulement obligés de soumettre des CDN, mais que ces CDN doivent également représenter l'ambition la plus élevée possible d'un pays.

Le tribunal a également précisé que toutes les CDN doivent, selon la loi, totaliser suffisamment de réductions d’émissions à l’échelle mondiale pour atteindre le seuil de 1,5°C. Cela peut être utilisé pour faire pression en faveur d’engagements plus ambitieux auprès des pays qui prétendent soutenir les intérêts des États les plus vulnérables.

Chaque pays doit mettre à jour sa CDN tous les cinq ans. Chacun doit être plus ambitieux que le précédent. La dernière série de CDN s’est révélée insuffisante. Même si elles étaient pleinement mises en œuvre, elles limiteraient le réchauffement climatique à une augmentation de 2,6°C seulement. Cette année, après avoir prolongé la date limite de soumission des CDN, seuls 30 % environ des pays ont soumis une nouvelle CDN. Cela couvre moins d’un tiers des émissions mondiales.

J’ai découvert que sur dix pays amis des petits États insulaires, un seul – le Royaume-Uni – a soumis une nouvelle CDN conforme à 1,5°C. Quatre de ces pays – l'Australie, le Canada, le Japon et la Nouvelle-Zélande – ont soumis de nouvelles CDN qui ne sont pas en bonne voie pour atteindre l'objectif de température. Trois d’entre eux n’ont pas soumis de nouvelle CDN – la Chine, l’Inde et l’UE – malgré des déclarations politiques de haut niveau.

Sept de ces amis des petits États insulaires (et de l’UE) sont tenus de fournir un financement climatique aux pays en développement dans le cadre de l’accord de Paris. Tous ces pays dépensent plus d’argent public dans l’industrie des combustibles fossiles que dans le financement de l’atténuation du changement climatique et de l’adaptation à l’échelle internationale.

Selon la Cour internationale, les subventions aux combustibles fossiles peuvent constituer un acte internationalement illicite, en violation de l’obligation de protéger le système climatique contre des dommages importants. En 2022, le Royaume-Uni a dépensé près de 14 fois plus en subventions aux combustibles fossiles qu’en financement international pour le climat.

L’Australie a dépensé plus de six fois plus. La France et la Nouvelle-Zélande ont dépensé plus du double. Le Japon a dépensé presque deux fois plus. La suppression des subventions aux combustibles fossiles libérerait des ressources budgétaires indispensables pour cibler ceux qui en ont le plus besoin, compte tenu notamment de l’urgence de la situation.

Autres voies juridiques

Au-delà de la Cop30, d’autres voies juridiques existent. La première décision stratégique est de savoir s’il faut porter l’affaire devant les tribunaux nationaux ou internationaux. Par exemple, au Canada, deux maisons de la Première nation Wet'suwet'en ont poursuivi le gouvernement en justice pour ne pas avoir respecté ses engagements internationaux en matière de réduction des émissions, citant la Cour internationale de Justice.

Au niveau international, un pays très polluant peut être traduit devant les tribunaux internationaux par un autre pays. En 2019, la Gambie a poursuivi le Myanmar pour génocide en raison de la nature juridique universelle de l’obligation de prévenir le génocide. De même, un pays peut en poursuivre un autre pour des raisons juridiques liées au climat.

Alors que la fenêtre pour rester en dessous de 1,5°C se ferme, la Cop30 et les tribunaux doivent devenir des domaines d’action jumeaux, où la créativité, la stratégie et le droit convergent pour rendre la justice climatique exécutoire et non ambitieuse.

Des gains diplomatiques concrets à Belém pourraient inclure une série de CDN ambitieuses, des orientations opérationnelles pour lancer le fonds destiné à répondre aux pertes et aux dommages, ainsi que des engagements audacieux en matière de financement climatique, mais le travail ne peut pas se terminer dans les salles de négociation. Cette action doit se poursuivre au-delà de la Cop30 pour transformer les promesses en actions.

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