Japon. La deuxième vague de Covid-19 provoque un effondrement des hôpitaux

Au Japon, les hôpitaux refusent de plus en plus les personnes malades alors que le pays lutte contre la seconde vague du coronavirus et que son système médical d’urgence s’effondre.

Selon des témoignages de locaux, les ambulances transportant des patients souffrant de fièvre et de difficultés respiratoires sont recalés par des dizaines d’hôpitaux et cliniques.

L’Association japonaise pour la médecine aiguë et la Société japonaise pour la médecine d’urgence déclarent que de nombreuses salles d’urgence des hôpitaux refusent de traiter les personnes, y compris celles qui souffrent d’accidents vasculaires cérébraux, de crises cardiaques et de blessures externes.

Le Japon semblait avoir maîtrisé l’épidémie de Covid-19 en s’attaquant à sa propagation dans des lieux publics, généralement des espaces clos tels que des clubs, des gymnases et des lieux de réunion. Mais la deuxième vague du virus a provoqué une explosion de cas dans de nombreuses régions du pays.

L’épidémie a mis en évidence des faiblesses sous-jacentes dans les soins médicaux au Japon, qui a longtemps été salué pour son système d’assurance de haute qualité et ses coûts raisonnables. Outre une réticence générale à adopter la distance sociale, les experts dénoncent « l’incompétence du gouvernement et une pénurie généralisée d’équipements de protection dont les soignants ont besoin pour faire leur travail ».

Le Japon manque de lits d’hôpitaux, de personnel médical et de matériel. Forcer l’hospitalisation de toute personne infectée par le virus, même ceux présentant des symptômes bénins, a provoqué une saturation des hôpitaux en sous-effectif.

L’effondrement de la médecine d’urgence s’est déjà produit, et pourrait entraîner l’effondrement général de la médecine, ont indiqué l’Association japonaise de médecine aiguë et la Société japonaise de médecine d’urgence dans un communiqué conjoint. 

«Nous ne pouvons plus pratiquer la médecine d’urgence normale», a déclaré Takeshi Shimazu, un médecin urgentiste de l’Université d’Osaka.

« Il n’y a pas assez de blouses de protection, de masques et de masques faciaux, ce qui augmente les risques d’infection pour les travailleurs médicaux et rend le traitement des patients COVID-19 de plus en plus difficile », a déclaré Yoshitake Yokokura, qui dirige la Japan Medical Association.

La contamination de soignants dans un certain nombre d’hôpitaux ont contraint les travailleurs médicaux à s’isoler eux-mêmes à domicile, aggravant la pénurie de personnel.

Les nouveaux cas à Tokyo ont commencé à augmenter fin mars, au lendemain du report des Jeux olympiques de Tokyo. Ils ont augmenté à un rythme important. La plupart des patients sont toujours hospitalisés, ce qui provoque une saturation des hôpitaux.

Mais on craint que l’épidémie du Japon ne s’aggrave.

Un groupe de travail gouvernemental sur les virus a averti que, dans le pire des cas où aucune mesure préventive n’était prise, plus de 400 000 personnes pourraient mourir en raison de pénuries de ventilateurs et d’autres équipements de soins intensifs.

Les hôpitaux japonais manquent également de salles de soins intensifs, avec seulement cinq pour 100 000 habitants, contre environ 30 en Allemagne, 35 aux États-Unis et 12 en Italie, a déclaré Osamu Nishida, directeur de la Société japonaise de médecine intensive.

Le taux de mortalité de 10% en Italie, contre 1% en Allemagne, est en partie dû à la pénurie d’installations de soins intensifs, a déclaré Nishida. 

“Le Japon, dont les unités de soins intensifs ne représentent même pas la moitié de celles des Italiens, devrait faire face très rapidement à une saturation qui sera fatale pour les malades”, a-t-il déclaré.

Le Japon a limité les tests de dépistage du coronavirus principalement en raison de règles exigeant l’hospitalisation de tout patient présentant des symptômes. L’explosion des infections a incité le ministère de la Santé à assouplir ces règles et à déplacer les patients présentant des symptômes plus légers vers les hôtels pour libérer des lits pour ceux qui nécessitent plus de soins.

Les appels à la distanciation sociale n’ont pas assez bien fonctionné dans des villes surpeuplées comme Tokyo, selon les experts, de nombreuses personnes se rendent toujours à leur travail dans des trains bondés même après que le Premier ministre a déclaré l’état d’urgence.

“Dans le secteur médical, nous entendons des cris de désespoir selon lesquels des vies qui peuvent être sauvées pourraient ne plus être possibles”, a déclaré Abe vendredi. “Je vous demande encore une fois, veuillez vous abstenir de sortir.”

Les autorités japonaises avaient permis la réouverture des écoles début avril après leur fermeture en mars. Cependant, au bout de quelques jours, plusieurs régions ont décidé de les refermer face à la seconde vague épidémique beaucoup plus violente.

Le spécialiste allemand des coronavirus, Christian Drosten, craint une seconde vague épidémique beaucoup plus mortelle en Allemagne. Le virologue s’inquiète du déconfinement trop rapide et a rappelé que c’est la deuxième vague de la grippe espagnole qui a provoqué la majorité des décès.

« Dans le meilleur des cas, on retrouvera notre niveau de richesse d’avant la crise autour de l’année 2026 » (Marc Touati)

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