Un plan ambitieux de l'agence maritime de l'ONU visant à réduire les émissions maritimes pourrait être annulé à la dernière minute après que les États-Unis ont menacé d'imposer des sanctions à ceux qui le soutiennent.
Déjà approuvés en avril, les membres de l'Organisation maritime internationale (OMI), basée à Londres, devraient officiellement adopter le Net Zero Framework (NZF) vendredi dans le cadre des négociations qui s'ouvriront mardi.
Le cadre exige que les navires réduisent progressivement leurs émissions de carbone à partir de 2028 et parviennent à une décarbonisation complète d’ici 2050.
Mais les États-Unis ont menacé vendredi de sanctions et d’autres mesures punitives contre ceux qui les soutiennent, ce qui pourrait faire dérailler les plans.
Le haut diplomate américain Marco Rubio, le secrétaire à l'Énergie Chris Wright et le secrétaire aux Transports Sean Duffy ont déclaré dans un communiqué que l'administration du président Donald Trump « rejette sans équivoque » la proposition du NZF.
Ils ont menacé de prendre toute une série de mesures punitives contre les pays qui votent en faveur du cadre, allant de restrictions de visa au blocage des navires enregistrés dans ces pays dans les ports américains et à l'imposition de sanctions commerciales.
Influence américaine
Le NZF exigerait que tous les navires utilisent un mélange de carburants à moins forte intensité de carbone, sous peine de pénalités financières.
En avril, une majorité de membres – 63 États – ont voté pour, dont l'Union européenne, le Brésil, la Chine, l'Inde et le Japon.
Seize États ont voté contre cette mesure, dont l'Arabie saoudite, la Russie et les Émirats arabes unis, grands producteurs de pétrole.
Les États insulaires du Pacifique se sont abstenus lors du vote, jugeant les propositions insuffisantes pour atteindre les objectifs de décarbonation.
Les États-Unis s'étaient retirés des négociations, ne commentant la proposition que la semaine dernière.
Bruxelles a réaffirmé lundi le plein soutien des États de l'Union européenne à la proposition, tout comme la Grande-Bretagne, contactée par l'AFP.
Mais les menaces américaines pourraient affecter « d'autres pays plus sensibles à l'influence américaine et vulnérables à ces représailles », a expliqué à l'AFP une source européenne.
« Nous restons optimistes quant à l'issue, mais elle sera probablement plus serrée qu'auparavant, avec un risque d'abstention plus élevé », a ajouté la source.
Le consensus, habituellement la norme dans cette assemblée, a déjà été exclu.
Les Philippines, qui abritent le plus grand contingent de travailleurs maritimes au monde et ont soutenu le NZF en avril, seraient particulièrement touchées par les restrictions en matière de visa.
Les îles des Caraïbes, économiquement dépendantes des croisières américaines, pourraient également être touchées par des sanctions.
Trump dénonce une « arnaque » climatique
Contacté par l'AFP, le secrétaire général de l'OMI, Arsenio Dominguez, a refusé de répondre directement à la déclaration américaine, affirmant qu'il était « très confiant » dans le vote du NZF.
Le NZF imposerait aux navires une taxe sur les émissions dépassant un certain seuil, créant ainsi un fonds pour récompenser les navires à faibles émissions et soutenir les pays vulnérables au changement climatique.
Si le système mondial de tarification des émissions était adopté, il deviendrait difficile d’y échapper, même pour les États-Unis.
Les conventions de l'OMI permettent aux signataires d'inspecter les navires étrangers lors des escales et même de détenir les navires non conformes.
Depuis son retour au pouvoir en janvier, Trump a inversé le cap de Washington sur le changement climatique, le qualifiant d'« arnaque » et encourageant l'utilisation des combustibles fossiles par la déréglementation.


