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Comment détecter les premiers signaux des retournements économiques

Votre assurance-vie finissait sur un très bon +15% en 2023, mais elle plongeait à -8% l’année passée. Entre les deux pourtant, rien n’a changé dans votre allocation, mais tout a changé dans l’économie mondiale. Les investisseurs qui avaient observé la remontée brutale des rendements des obligations ont pu alléger leurs positions actions au bon moment. Car les retournements économiques ne surgissent jamais du néant : ils s’annoncent à travers une poignée d’indicateurs que tout investisseur peut apprendre à lire. Et ce, sans être économiste de formation.

Les habitudes de consommation révèlent l’état de confiance des ménages

Le comportement des consommateurs constitue un premier baromètre très précis quant à l’état de l’économie. Quand l’inquiétude économique grandit, les ménages ajustent d’abord leurs “dépenses discrétionnaires” – ces achats non essentiels qui révèlent leur niveau de confiance.

Pour prendre un exemple basique : les casinos, à commencer par un casino dépôt 10€ minimum et tout acteur accessible du secteur, connaîtront un afflux de nouveaux joueurs cherchant des divertissements plus abordable, flexibles et plus intéressants. Tandis que les établissements premium, à l’autre bout du spectre, verront leur fréquentation décliner.

Ce phénomène de “downgrading” (descente en gamme) touche tous les secteurs : la restauration en première ligne, mais aussi l’habillement, les loisirs et autres secteurs récréatifs.

Le CPI

C’est assurément l’indicateur clé à surveiller. Le CPI (Consumer Price Index, ou indice des prix à la consommation) est publié mensuellement aux États-Unis par le Bureau of Labor Statistics et en Europe par Eurostat.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le CPI mesure l’évolution du coût d’un panier type de biens et services. Une accélération soudaine du CPI “core” (hors alimentation et énergie, plus volatiles) signale souvent une surchauffe économique.

L’indice de confiance

Plus révélateur encore, l’indice de confiance des consommateurs du Conference Board américain, ou son équivalent européen publié par la Commission européenne. Un plongeon de cet indice précède généralement de 6 à 9 mois un ralentissement économique.

En juillet 2007 par exemple, cet indicateur avait chuté de 112 à 103 points. Bien avant que la crise financière n’éclate officiellement. Si vous êtes cinéphile, c’est un élément clé abordé dans le film The Big Short (2015), qui retrace la crise financière “de l’intérieur”.

Les ventes au détail

Les données de ventes au détail (Retail Sales), publiées mensuellement, offrent une photographie en temps réel.

Concrètement, une baisse sur trois mois consécutifs constitue un signal d’alarme.  Particulièrement si elle affecte les biens durables des ménages (automobiles, électroménager, mobilier).

L’évolution des prix raconte une histoire complexe

Au-delà du CPI grand public, les investisseurs avertis scrutent également le PPI (Producer Price Index, ou indice des prix à la production). Cet indicateur mesure l’inflation au niveau des producteurs. En clair, il anticipe donc les hausses futures pour les consommateurs.

Un PPI qui grimpe plus vite que le CPI suggère que les entreprises peinent à répercuter leurs coûts, et qu’elles sont en quelque sorte obligées de rogner leurs marges pour maintenir leurs prix au détail.

Le Baltic Dry Index, véritable thermomètre du commerce mondial, suit les tarifs du transport maritime de matières premières. Sa chute de plus de 11 000 points en mai 2008 à 663 en décembre annonçait l’effondrement du commerce international. Aujourd’hui accessible gratuitement sur Bloomberg ou Trading Economics, cet indice reste un précurseur fiable des retournements.

Les spreads obligataires (écarts de taux entre obligations d’entreprises et obligations d’État) méritent une attention particulière. Quand le spread entre les obligations « high yield » (à haut rendement, donc plus risquées) et les bons du Trésor américain dépasse 500 points de base, c’est que les investisseurs fuient le risque. C’est le signal classique d’une récession imminente.

Ici, le mot important est la courbe des taux. Lorsque les taux courts (2 ans) dépassent les taux longs (10 ans), on parle d’inversion. Ce phénomène a précédé chacune des huit dernières récessions américaines avec une avance de 12 à 18 mois.

Les signaux du marché de l’emploi anticipent les retournements

Le NFP (Non-Farm Payrolls, ou emplois non-agricoles) américain est publié le premier vendredi de chaque mois, et reste l’indicateur le plus scruté. Mais attention : ce sont les révisions des mois précédents qui révèlent la tendance réelle. Des révisions systématiquement à la baisse signalent un marché du travail plus fragile que les chiffres initiaux ne le suggèrent.

En Europe, le taux de chômage harmonisé d’Eurostat offre une vision comparable. Mais l’indicateur véritablement prédictif reste les offres d’emploi (JOLTS aux États-Unis, enquêtes Manpower en Europe). Leur contraction précède de 3 à 6 mois la hausse du chômage.

Plus subtil : surveillez le ratio temps plein/temps partiel. Quand les entreprises convertissent massivement des postes à temps plein en temps partiel, elles anticipent un ralentissement sans licencier frontalement. Ce glissement s’observe dans les données détaillées du BLS américain ou de l’Insee en France.

Les demandes hebdomadaires d’allocations chômage (Initial Jobless Claims) aux États-Unis constituent un baromètre en temps réel. Une moyenne mobile sur 4 semaines dépassant 300 000 demandes a historiquement signalé un retournement du marché de l’emploi.

Dans la réalité, il n’est pas toujours évident de distinguer le bruit statistique de la tendance de fond. C’est pourquoi les professionnels croisent systématiquement plusieurs indicateurs et observent leur évolution sur plusieurs mois… avant de tirer des conclusions définitives sur la direction de l’économie.

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