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Résurgence et réalités : les menaces terroristes changeantes en Afghanistan

cc AhmadElhan, modified, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Emirate_Islami_(Taliban)_Flag.jpg

Alors que le monde célébrait le deuxième anniversaire de la prise de contrôle de l’Afghanistan par les talibans le 15 août, l’attention s’est portée sur l’évolution du paysage du terrorisme dans la région. Les deux années écoulées depuis la chute de Kaboul ont suscité des inquiétudes quant à son impact sur la stabilité et la sécurité régionales. Un tableau complexe de groupes extrémistes résurgents, de violations des droits humains et de défis géopolitiques avec les dirigeants de facto de l’Afghanistan a émergé.

Le président Biden a récemment affirmé qu’Al-Qaïda n’était plus en Afghanistan et que les talibans aidaient les États-Unis à lutter contre le terrorisme. Cependant, la situation sur le terrain ne semble pas correspondre à cette affirmation. Le sentiment de Biden a été repris par les diplomates américains après leur première réunion officielle avec des représentants des talibans en juillet de cette année. Alors que le Département d’État américain reconnaît une diminution des attaques à grande échelle en Afghanistan, soutenir les efforts antiterroristes des talibans risque de négliger des menaces transnationales plus larges.

La perception de la sécurité en Afghanistan

La victoire militaire des talibans en Afghanistan a enhardi divers groupes militants de la région, dont beaucoup ont été déplacés avant 2021. Ce triomphe a accordé à ces groupes la liberté de se déplacer à travers la région en toute impunité. Selon un rapport de l’équipe de surveillance des sanctions des Nations Unies, Al-Qaïda reste actif en Afghanistan avec un effectif estimé à 2 000 combattants, bien qu’avec une présence discrète. En signe de solidarité avec Al-Qaïda, les talibans ont affecté des membres d’Al-Qaïda à d’importants postes administratifs et militaires. Notamment, Qari Esanhanullah et Agha Hakeem, tous deux vétérans d’Al-Qaïda, ont été nommés gouverneurs de provinces cruciales de l’Est : Kapisa et Nuristan, respectivement. La nomination la plus déconcertante est celle de Tajmir Jawad Hafizallah, aujourd’hui chef adjoint du service de renseignement des talibans, le GDI. L’association de Hafizallah avec le tristement célèbre Kaboul Attack Group, une unité d’opérations spéciales conjointe dirigée par Al-Qaïda et le réseau Haqqani avec le soutien des services de renseignement pakistanais, est une source d’inquiétude. Cette élévation à elle seule devrait inciter l’administration Biden à reconsidérer sa position sur l’Afghanistan.

De même, la branche afghane de l’État islamique (ISKP) maintient une présence importante dans diverses poches des provinces de l’est et du nord-est de l’Afghanistan. Créé en 2015, ce groupe est connu pour mener des attaques complexes et à grande échelle dans les zones urbaines. Leurs cibles comprennent des minorités religieuses et ethniques, ainsi que des responsables talibans de haut niveau. Comme le montre l’attaque contre les funérailles d’un haut dirigeant taliban dans la province septentrionale du Badakhshan, qui a fait plus de 30 victimes, dont un chef de la police provinciale.

En plus de contrer l’ISKP, les talibans affrontent également les forces de résistance en Afghanistan. Récemment, des groupes comme la Force de résistance nationale et le Front de liberté d’Afghanistan ont considérablement intensifié leurs opérations. Leur objectif a été de cibler l’infrastructure militaire des talibans et d’éliminer les hauts commandants talibans. Bien qu’ils ne disposent pas des capacités opérationnelles nécessaires pour constituer une menace grave pour le régime taliban, ces groupes persistent à remettre en question le discours des talibans sur un Afghanistan pacifique.

Paysage régional des menaces

Après la chute de Kaboul, le Pakistan a connu une recrudescence notable des attaques, principalement attribuées au Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), une émanation des talibans. Les capacités opérationnelles du TTP ont été considérablement renforcées et le groupe a établi de nouvelles bases de soutien, comme en témoignent les attaques s’étendant au-delà de leurs bastions traditionnels, comme l’assaut récent contre une garnison militaire à Zhob, dans la province du Baloutchistan. De plus, le TTP a réussi à réunir plus de 35 groupes fragmentés et entités terroristes plus petites, ce qui lui a permis de diversifier ses cibles et d’intensifier ses activités cinétiques dans un court laps de temps. Malgré les dénégations des talibans d’héberger des terroristes, des preuves substantielles soulignent l’influence des talibans sur le TTP, notamment en facilitant les déplacements des dirigeants du TTP à travers les frontières. Notamment, plusieurs hauts commandants du TTP, à commencer par l’assassinat d’Omar Khorasani, le cerveau derrière l’attaque de l’école militaire de Peshawar en 2014, ont été tués dans des circonstances mystérieuses en Afghanistan. De plus, le chef du TTP, Noor Wali Mehsood, a échappé de justesse lors d’une attaque dans la province de Nangarhar en Afghanistan, où il rencontrait le conseil provincial des talibans. La présence d’agents de haut rang du TTP dans l’est et le sud-est de l’Afghanistan met en lumière les liens des talibans avec le TTP et révèle la restructuration du TTP avec des ambitions à l’image du succès des talibans à Kaboul. Parallèlement, si le principal adversaire des talibans afghans reste la filiale afghane de l’État islamique (ISKP), ce dernier s’est tourné vers le Pakistan. Ce changement stratégique est évident dans l’escalade des attaques contre les civils, comme en témoigne le tragique attentat suicide dans le district de Bajaur, au nord-ouest du Pakistan, qui a fait plus de 50 victimes.

Au-delà du Pakistan, d’autres groupes terroristes transnationaux d’Asie centrale et du Sud ont également restructuré leurs rangs et revitalisé leurs capacités opérationnelles. Un rapport de l’ONU de juillet souligne que le Mouvement islamique du Turkestan oriental, un groupe militant ouïgour qui aspire à prendre le contrôle de la province chinoise du Xinjiang, a établi des bases dans le nord et le nord-est de l’Afghanistan. En outre, les talibans ont facilité le transfert de militants ouïghours des zones frontalières chinoises vers différentes provinces afghanes pour y être entraînés, ce qui témoigne des alliances renouvelées entre les talibans et diverses entités affiliées à Al-Qaïda. Les talibans afghans ont également transféré plus de 200 militants tadjiks du groupe Jamaat Ansarullah (JAU), affilié à Al-Qaïda, au Tadjikistan vers l’Afghanistan. De plus, des combattants tadjiks étrangers du JAU ont été intégrés dans les rangs des talibans afghans.

La voie à suivre

La propension de l’administration Biden à minimiser les risques terroristes émanant d’Afghanistan est inquiétante. Il est impératif que les États-Unis n’acceptent pas la diminution des attaques à grande échelle en Afghanistan comme telle, mais qu’ils s’efforcent plutôt d’acquérir une compréhension plus globale de l’environnement de menace transnationale plus large. À la lumière des réalités sur le terrain, les États-Unis devraient établir des conditions préalables spécifiques avant d’entamer des négociations formelles avec les talibans. Une exigence cruciale devrait être le retrait des membres d’Al-Qaïda des rangs des talibans, ainsi que la rupture des liens avec les organisations djihadistes régionales. De plus, le soutien secret des talibans au TTP au Pakistan devrait également cesser.

Reconnaissant le potentiel d’actions transfrontalières du Pakistan, les États-Unis devraient démontrer leur volonté de soutenir Islamabad pour garantir l’efficacité de telles opérations transfrontalières. Cette posture stratégique adoptée par Washington a le potentiel de contraindre les talibans à reconsidérer leurs liens avec le TTP et, dans une certaine mesure, leurs relations avec Al-Qaïda. Avant de se lancer dans des dialogues bilatéraux, des preuves substantielles doivent faire surface prouvant la véritable détermination des talibans à remplir ces conditions spécifiées. Cette approche non seulement jette les bases de pourparlers constructifs, mais peut également permettre à la communauté internationale de poursuivre d’autres objectifs d’un gouvernement inclusif et de réouverture des établissements d’enseignement supérieur pour les femmes en Afghanistan.

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