À première vue, les minuscules granulés de plastique semblent relativement inoffensifs. Pas plus grosses qu'une lentille, ces « nouilles » sont destinées à être fondues pour fabriquer de tout, des pare-chocs de voiture aux bols à salade.
Mais lorsque des dizaines de millions d’entre eux se déversent des camions ou des cargos, ils sont diaboliques à nettoyer, détruisant les paysages et détruisant le monde entier pour les années à venir.
Jeudi, le Parlement européen pourrait approuver de nouvelles règles plus strictes visant à prévenir de tels déversements désastreux et à réduire leur impact polluant.
S'ils sont approuvés, ils obligeront les entreprises de l'Union européenne à adopter des mesures de protection lors de la manipulation et du transport des nudles, produits par les géants de la pétrochimie à partir de combustibles fossiles.
Entre 52 140 tonnes et 184 290 tonnes de pellets ont été rejetées dans l'environnement dans l'UE en 2019, selon la Commission européenne, qui a proposé la réglementation.
« Cela équivaut à entre 2.100 et 7.300 camions remplis de pellets par an », a indiqué la Commission.
Légères, flottantes et insolubles, ces minuscules pastilles présentent un défi presque insurmontable une fois dispersées dans la nature.
La récupération est « une tâche physiquement intense et longue » effectuée principalement à la main, a déclaré Kevin Tallec du Cedre, une organisation française à but non lucratif spécialisée dans la contamination et le nettoyage de l'eau.
« Nous pouvons être sûrs à 100% que s'il y a une pollution par les pellets, nous ne pourrons pas tous les valoriser », explique à l'AFP Tallec, biologiste marin, à Brest, où est basé le Cedre.
Problème chronique
L’un des pires déversements s’est produit au large du Sri Lanka en 2021, lorsque des milliers de tonnes de granulés de plastique ont été perdues à cause d’un cargo en détresse.
Les nurdles recouvraient une étendue de plage de 80 kilomètres (50 milles) sur la côte ouest de l'île, et la pêche a été interdite pendant des mois.
Dans le nord-ouest de l’Espagne, des volontaires ont utilisé des passoires pour tamiser les nouilles du sable le long de la côte atlantique après que des conteneurs remplis de granulés soient tombés d’un cargo fin 2023.
« Quand j'étais petite, j'en ramassais sur les plages, quelques-unes à la fois. Mais la pollution est devenue chronique », explique Amandine Le Moan, co-fondatrice de l'association française de protection du littoral Ystopia.
Ils sont ingérés par la vie marine, en particulier les oiseaux de mer et les tortues, tandis que les produits chimiques contenus dans les microplastiques présentent également un risque potentiel pour la santé humaine, a indiqué la Commission.
Les déversements ont également nui au tourisme et à la pêche, ajoute le communiqué.
Les déversements de Nurdle se produisent souvent lorsqu'un conteneur d'expédition mal placé tombe par-dessus bord, et l'Organisation maritime internationale (OMI) a publié des recommandations non contraignantes pour tenter d'éviter que cela ne se produise.
Parmi les principaux acteurs industriels qui ont adopté ces recommandations, citons Armateurs de France, qui représente les entreprises françaises de transport et de services maritimes.
« Ces conteneurs doivent être identifiés, déclarés et traités de manière spécifique, comme les produits chimiques et matières dangereuses placés sous le pont », a expliqué à l'AFP Laurent Martens, délégué général d'Armateurs de France.
Sur toute la ligne
Mais le transport n'est pas la seule source de déversements, a déclaré Tallec du Cedre, des nudles étant également perdus par les canaux opérationnels.
« Il s'agit également d'un problème plus large impliquant la chaîne de valeur, qui gère ces pellets d'une manière qui n'empêche pas leur perte dans l'environnement », a déclaré Lucie Padovani de Surfrider Foundation Europe, un groupe de conservation des océans.
Par exemple, à Ecaussinnes, une ville industrielle de Belgique qui accueille de grands exploitants pétrochimiques, des granulés de plastique ont été trouvés disséminés dans le paysage et dans les rivières locales.
Contactés par l'AFP, les géants pétrochimiques français Arkema et les sociétés américaines Dow et ExxonMobil se sont refusés à tout commentaire.
Les groupes professionnels de la chimie, comme Plastics Europe et France Chimie, n'ont pas répondu aux demandes de commentaires de l'AFP.
Les fabricants de plastique insistent sur le fait qu’ils ne constituent pas le maillon faible.
« Nous sommes bien conscients de tous les enjeux et il est évident que la pollution plastique est quelque chose dont nous devons nous débarrasser », a déclaré Caroline Chaussard, directrice du développement durable chez Polyvia, un groupement industriel des plasturgistes français.
« Les fuites les plus importantes ne se situent pas au niveau du processeur : c'est là qu'elles sont les plus faciles à contenir, car elles se situent dans une zone limitée », a-t-elle déclaré.
Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance, qui représente les fabricants européens de plastique, a déclaré : « Il s'agit d'une matière première coûteuse que personne ne veut gaspiller ».
« Un kilo coûte entre 1 euro (1,17 dollar) et 1,3 euro », a-t-il expliqué.
Les principaux pays producteurs de pétrole et de gaz ont résisté aux efforts visant à limiter la quantité de nouveau plastique fabriqué chaque année, un chiffre estimé à 400 millions de tonnes.
En août, le dernier cycle de négociations sur un traité mondial pour lutter contre la pollution plastique a échoué sans accord.
Philippe Bolo, un député français qui a fait pression pour un traité plus dur, a déclaré que le fléau des nurdles « a révélé l'omniprésence du plastique » dans la vie moderne.
« Plus nous consommons, plus nous en aurons besoin », a-t-il déclaré.


