Le 1er janvier, l’Éthiopie a signé un accord avec le Somaliland pour l’accès au port. Conformément à l’accord, l’Éthiopie reconnaîtra le territoire autonome du Somaliland en échange d’un accès à la mer et d’une base militaire. L’Éthiopie est le plus grand État enclavé du monde et un moteur de croissance dans la Corne de l’Afrique. L’accord permettra à l’Éthiopie d’accéder au golfe d’Aden.
La Somalie, qui revendique le Somaliland comme faisant partie de son territoire, a réagi avec colère à l’annonce de l’accord. L’accord est considéré comme une violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Somalie, même si la Somalie n’est plus en mesure d’exercer un contrôle sur le Somaliland depuis 1991. L’accord pourrait potentiellement remodeler la géopolitique de l’océan Indien occidental.
Importance stratégique du golfe d’Aden
Le Somaliland est situé sur la côte sud du golfe d’Aden. Le golfe d’Aden est une voie navigable d’importance stratégique depuis l’ouverture du canal de Suez en 1869. Le détroit de Bab-el-Mandeb relie le golfe d’Aden à la mer Rouge et offre la route la plus courte pour relier l’Asie à l’Europe. Depuis l’émergence de l’Asie occidentale comme centre énergétique mondial, l’importance stratégique du golfe d’Aden s’est considérablement accrue. Le Golfe est essentiel pour les exportations énergétiques de l’Asie occidentale vers l’Europe et l’Amérique. Ainsi, au fil des années, les ports situés sur le Golfe ont acquis une importance géopolitique croissante.
Ces dernières semaines, le golfe d’Aden et le sud de la mer Rouge ont fait l’actualité en raison de la multiplication d’attaques contre des cargos lancées par les rebelles Houthis au Yémen. Ces attaques et la décision des grandes compagnies maritimes mondiales de suspendre le transit via la mer Rouge ont souligné la vulnérabilité de la route maritime via la mer Rouge-golfe d’Aden. En réponse aux menaces des Houthis, la marine américaine, ainsi que des partenaires clés, dont la Grande-Bretagne, ont déployé des navires de guerre dans la région. C’est dans cet environnement stratégique volatile que l’accord avait été annoncé entre l’Éthiopie et le Somaliland.
Remodeler la géopolitique
L’ensemble du littoral de la mer Rouge et du golfe d’Aden, de Suez au nord jusqu’à la Somalie au sud, est devenu un point chaud géostratégique au cours des dernières années. Les principaux acteurs mondiaux et régionaux ont cherché à établir des bases dans la région. Et des pays aussi divers que les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Arabie saoudite, la Turquie et les Émirats arabes unis (EAU) ont systématiquement étendu leur présence militaire.
Depuis qu’elle est devenue un État enclavé lors de la sécession de l’Érythrée au début des années 1990, l’Éthiopie est à la recherche d’un accès maritime. L’accord offre une réelle perspective d’accès direct à la mer. L’Éthiopie a tenté dans le passé d’accéder au port de Berbera au Somaliland grâce à un accord trilatéral entre les Émirats arabes unis, l’Éthiopie et le Somaliland. L’accord actuel est un accord bilatéral qui n’inclut pas les Émirats arabes unis. L’accord diversifiera les points d’accès de l’Éthiopie à la mer et réduira sa dépendance écrasante à l’égard de Djibouti pour le commerce international.
L’accord pourrait potentiellement alimenter l’incertitude et l’instabilité dans l’espace continental et maritime déjà troublé de la Corne de l’Afrique. Le Soudan est en proie à une guerre civile dévastatrice ; L’Éthiopie se remet de trois années de guerre civile ; et il n’y a pas de fin en vue pour la guerre à Gaza. Les attaques des rebelles Houthis étant liées à la guerre à Gaza, le passage sûr des cargos transitant par le golfe d’Aden et la mer Rouge reste difficile à assurer. La présence militaire étrangère devrait donc se poursuivre dans la région. L’entrée de l’Éthiopie et ses ambitions de primauté régionale ajoutent une autre dimension à cette dynamique stratégique en évolution.
Outre l’incertitude croissante en mer, l’accord entre l’Éthiopie et le Somaliland risque de déclencher un conflit sur terre. La Somalie a vivement réagi à l’accord et sera sous pression pour « faire quelque chose ». Toutefois, la capacité de la Somalie à lancer une opération militaire efficace contre le Somaliland ou l’Éthiopie, ou les deux, est limitée. Le pays n’a pas été en mesure de vaincre l’insurrection terroriste Al-Shabaab et a eu du mal à établir son autorité sur les pans de territoire sous son contrôle. Une guerre avec l’Éthiopie ou le Somaliland détournerait inévitablement l’attention de ces opérations antiterroristes.
Ainsi, la quête de longue date de l’Éthiopie d’un accès portuaire pourrait bien porter ses fruits – un développement qui a le potentiel de remodeler la géopolitique de l’océan Indien occidental.


