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Selon deux leaders du secteur pétrolier américain, l’industrie du schiste a déjà atteint son apogée


Deux grandes sociétés de services pétroliers, Halliburton Co. et Schlumberger Limited, ont toutes deux déclaré que l’industrie américaine du schiste a déjà atteint son apogée.

Halliburton Co. et Schlumberger Ltd. signalent une éventuelle décélération de la production pétrolière américaine, qui atteint actuellement des niveaux record. Un ralentissement de la croissance de la production pourrait avoir des conséquences à l’échelle mondiale, étant donné que les barils américains supplémentaires doivent représenter la majeure partie de l’augmentation de l’offre mondiale cette année.

L’industrie des services pétroliers a supprimé des milliers d’emplois aux États-Unis et mis en arrêt des équipements de fracturation non désirés ces derniers mois.

Halliburton a déclaré mardi qu’il réduisait ses propres dépenses de 20 % par rapport à l’année dernière pour atteindre 1,2 milliard de dollars afin de suivre l’évolution du marché. La société, basée à Houston, a déclaré que ses revenus nord-américains ont chuté de 21 % au cours des trois derniers mois de l’année dernière par rapport au troisième trimestre. Halliburton a déjà réduit de 22 % sa flotte d’instruments de fracture l’année dernière. La société a annoncé une perte nette de 1,65 milliard de dollars pour le quatrième trimestre, contre un bénéfice net de 664 millions de dollars un an plus tôt.

Schlumberger, la plus grande société de services pétroliers et gaziers, a également réduit de moitié sa flotte de pompes à pression, et a déclaré vendredi qu’elle n’avait pas l’intention de remettre ces équipements en service.

Pic de production

Selon Jean-Marc Jancovici, cofondateur du Shift Project, l’annonce faite par Halliburton Co. et Schlumberger Ltd. indique que le “peak fracking” est passé.

 « Halliburton a passé 2 milliards de dollars de provision pour mise à l’arrêt d’une partie de sa “flotte” d’engins de forage pour le shale oil, et Schlmumberger en a eu pour 10 milliards pour la même raison (avec la mise à l’arrêt de la moitié de sa flotte, et, selon l’entreprise, “it has no intention of bringing that equipment back into service”).

Pour les deux plus gros prestataires de services de l’industrie du shale oil, le “peak fracking” est passé. Si cela se confirme, alors l’enchaînement sera le suivant : peak fracking -> peak production peu après (car la production d’un puits de shale oil décline très vite après fracking) -> déclin US s’ajoutant au déclin du reste du monde hors Irak -> déclin tout court sur le pétrole -> nouvelle marche d’escalier dans l’économie mondiale.

Si ce n’est pas pour demain, ca sera de toute façon pour dans pas très longtemps, et c’est dans ce genre de contexte économique qu’il va falloir mettre en oeuvre les solutions pour la “neutralité” nécessaire pour le climat (et pour les retraites, la formation, l’aménagement du territoire, et j’en passe).

Amis économistes, revoyez d’urgence l’hypothèse d’entrée d’un PIB croissant quoi qu’il arrive dans les modèles qui évaluent les “impacts économiques” des diverses options pour préserver le climat ! »

Coronavirus, chute du prix du baril de pétrole et des gaz naturel

De nombreux producteurs de schiste avaient annoncé des réductions de leurs dépenses d’investissement, avant même l’épidémie de coronavirus, en raison de la baisse des prix du pétrole au cours du second semestre de 2019.

Cependant, l’épidémie mondiale pourrait accélérer la crise de l’industrie du schiste. Les prix de référence du brut américain ont chuté d’environ 12 % cette année à cause notamment de la chute de la consommation du pétrole en Chine.

Les producteurs de schiste doivent maintenant faire face à un autre coup dur pour leurs revenus car les prix des liquides de gaz naturel (LGN), qui comprennent le propane et le butane, ont également baissé. Les LGN avaient contribué à soutenir leurs résultats financiers (déjà mauvais), en leur procurant des revenus lucratifs lorsque les marges du pétrole et du gaz étaient minces.

Plus dure sera la chute ?

Selon Jean H. Laherrère, polytechnicien et coauteur d’un article remarqué dans la revue Scientific American en 1998 intitulé « The End of Cheap Oil » (« la fin du pétrole bon marché ») , la production américaine de pétrole de schiste pourrait s’effondrer aussi vite qu’elle a atteint des niveaux record. Le spécialiste du pétrole a annoncé la possibilité de voir la production de shale oil chuter de 75% en 5 ans.

Pour empêcher un déclin de la production mondiale de pétrole d’ici à 2025, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé qu’il faudrait multiplier par deux ou trois les extractions de pétrole de schiste. Or les découvertes de nouvelles réserves de pétrole et de gaz ont atteint leur niveau le plus bas depuis la fin de Seconde guerre mondiale.  Toujours selon l’EIA (Agence Internationale de l’Energie), la productivité des puits diminue. Au Texas, le Bassin permien génère 20% de brut de moins qu’il y a un an et pourrait être asséchée d’ici moins de six ans.

Jusqu’ici tout va bien

Malgré les avertissements des différents acteurs du secteur de l’énergie, les gouvernements du monde entier continuent de faire comme si le pétrole coulait à flot. Le scénario d’une descente énergétique terrible semble de plus en plus probable.

Dans le même temps en France, écologistes et collapsologues s’écharpent sur la question de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. L’EPR de Flamanville est de son côté un fiasco total avec une facture multipliée par quatre et dix ans de retard.

Mais au fond, une centrale nucléaire en plus ou en moins ne permettra pas de changer grand chose aux enjeux énergétiques majeurs qui nous attendent. Les questions que tout le monde doit se poser actuellement sont : comment gérer la descente énergétique mondiale ? Combien de temps nous reste-t-il pour trouver une alternative aux énergies fossiles ? Les énergies renouvelables seront-elles suffisantes face à la contraction énergétique ? Quid de la sobriété et de l’efficacité énergétique ? Du localisme ? Bref, beaucoup de questions et très peu de réponses si ce n’est cette célèbre réplique du film La Haine qui revient inlassablement :

C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de 50 étages. Le mec, au fur et à mesure de sa chute, il se répète sans cesse pour se rassurer : Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien. Mais l’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

La Haine (réalisé par Mathieu Kassovitz )

La Rédaction Issues.fr

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