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Manifestations : la liberté de la presse en danger par le nouveau schéma du maintien de l’ordre


maintien de l'ordre
Manifestations et forces de l'ordre - Crédit : Karine Pierre / Hans Lucas

Le très attendu «schéma national du maintien de l’ordre» apporte une modification de taille en stipulant que nulle exception ne sera faite lors des ordres de dispersions de manifestations, empêchant de facto les ONG et la presse de filmer d’éventuelles violences.

Journalistes professionnels et observateurs pourront être interpellés en filmant des manifestations

Des mois de réflexion au ministère de l’Intérieur ont donné naissance au très attendu SNMO : schéma national du maintien de l’ordre. Le texte entérine l’usage des armes de force intermédiaire (lanceur de balle de défense, grenades) et déploie une vision anti-démocratique.

Le document commence sur un ton juste et se place en faveur des libertés : «L’exercice de la liberté d’expression et de communication, dont découle le droit d’expression collective des idées et des opinions, est une condition première de la démocratie et l’une des garanties du respect des autres droits et libertés. L’Etat a la responsabilité de garantir cet exercice.» 

Mais ce n’est que pour mieux tromper. La suite est plus contraignante et dictatoriale:

«Concomitamment, il sera proposé aux journalistes des sensibilisations au cadre juridique des manifestations, aux cas d’emploi de la force et notamment aux conduites à tenir lorsque les sommations sont prononcées, ainsi qu’aux dispositions du SNMO. Il importe à cet égard de rappeler que le délit constitué par le fait de se maintenir dans un attroupement après sommation ne comporte aucune exception, y compris au profit des journalistes ou de membres d’associations. Dès lors qu’ils sont au cœur d’un attroupement, ils doivent comme n’importe quel citoyen obtempérer aux injonctions des représentants des forces de l’ordre en se positionnant en dehors des manifestants appelés à se disperser.» 

Ainsi, les journalistes professionnels et les observateurs ne feront pas exception lors des manifestations et seront interpellés et poursuivis comme tout autre manifestant, sans considération aucune de leur statut professionnel qui est pourtant d’informer partout et en tout temps.

Restriction d’informer

De nombreux journalistes et ONG critiquent ce nouveau SNMO alors que le nombre de blessés lors des manifestations des gilets jaunes a été historiquement élevé. Le texte immortalise l’esprit en cours lors de ce mouvement durant lequel de nombreuses violences policières ont été filmées.

«La philosophie de ce texte, c’est « hors de nos rangs, point de salut ». Mais pourquoi ne pas donner d’uniformes aux journalistes aussi tant qu’on y est ? fulmine Dominique Pradalié, secrétaire générale de l’organisation la plus représentative de la profession des journalistes. Je pense que le ministre [Gérald Darmanin, ndlr] méconnaît la liberté de la presse, il est dans le déni. Notre confrère David Dufresne a effectué un travail très sérieux en documentant 117 cas de journalistes empêchés de travailler par les forces de l’ordre depuis un an et demi. Pour le SNJ, c’est 200 journalistes qui sont concernés. Ce texte n’essaie pas de comprendre notre métier, il est fait pour restreindre la liberté d’informer. On veut transformer les journalistes en propagandistes, comme les Etats-Unis l’ont éprouvé pendant la guerre du Golfe. Nous allons donc réaffirmer la liberté des journalistes, qui est de pouvoir être témoin de tout, partout et en tout moment.»

Négation du statut d’observateur des ONG

Durant plusieurs mois, les ONG avaient demandé l’obtention d’un statut d’observateur reconnu par les autorités en adéquation avec l’investissement international de la France. Or, ces requêtes légitimes ont été mises de côté.

Anne-Sophie Simpere, qui travaille sur ces questions à Amnesty International, explique : «Ce texte est le produit de dix-huit mois de travail. Or, le résultat est précisément tout l’inverse de ce que nous avions demandé ! Le rôle des observateurs est justement d’observer l’usage de la force. Ça n’a aucun sens de demander qu’ils soient dispersés au moment des sommations !»

Pourtant, le ministère de l’Intérieur, contacté par Libération persiste et signe : 

«Le SNMO prévoit un meilleur contact des forces de l’ordre avec les journalistes, ce qui concourt à un meilleur positionnement de leur part, permettant un déroulement optimal de l’opération de maintien de l’ordre. Le SNMO prévoit par ailleurs que les journalistes puissent conserver des équipements de protection. En revanche, la loi ne prévoit aucune exception. L’opération d’évacuation (tir de grenades, vague de refoulement, charge) ne peut discriminer, notamment lorsque journalistes et manifestants sont imbriqués. La présence de journalistes ne doit pas venir gêner la manœuvre de maintien de l’ordre. Il n’y a donc pas de garanties permettant aux journalistes de se maintenir en place.»

Le message est clair et malheureusement ce qui ne sera pas filmé n’existera pas. Si la police choisit qui peut couvrir ou non un événement, il n’y aurait pas eu d’affaire Benalla.

La France frôle un autoritarisme dangereux qui arrange les médias mainstream qui faisaient peu cas des dérives lors du mouvement des Gilets jaunes. A l’heure actuelle, le contre pouvoir de la presse est déjà faible, cette mesure ne sert qu’à le diminuer davantage.


Écrit par La Rédaction Issues

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